Actions privilégiées en Israël : potentiel, complexité et maturité du marché
Les actions privilégiées combinent dette et capitaux propres, mais le report de l'émission Nofar Energy met en lumière l'immaturité du marché israélien.

Les actions privilégiées constituent un instrument financier unique, proposant un compromis entre une entreprise publique et les investisseurs : l'acheteur peut obtenir un dividende attractif et une priorité sur les actionnaires ordinaires lors de la distribution des dividendes et des actifs en cas de liquidation. Pour l'entreprise, cela permet de lever des capitaux sans céder de droits de vote ni diluer le contrôle.
Cependant, cet arrangement a un prix. Les actions privilégiées ne sont pas des obligations : l'entreprise ne s'engage pas sur des versements d'intérêts et de principal à date fixe, l'instrument n'a pas nécessairement d'échéance, et l'investisseur ne bénéficie pas du statut de créancier. Par conséquent, le taux de dividende ne suffit pas à lui seul pour juger de la rentabilité de l'investissement.
L'émission d'actions privilégiées de la société d'énergie renouvelable Nofar Energy, prévue à la Bourse de Tel-Aviv mais finalement reportée, illustre parfaitement le potentiel et la complexité de cet instrument. Elle soulève également une question plus large : le marché des capitaux israélien est-il prêt à intégrer des instruments situés entre dette et fonds propres ?
Une action avec priorité, mais sans contrôle
Les actions privilégiées confèrent à leurs détenteurs des droits prioritaires par rapport aux actions ordinaires. L'article 46B de la loi sur les valeurs mobilières définit ces titres comme offrant un droit prioritaire aux dividendes, mais sans droits de vote. Autrement dit, la distinction n'est pas seulement économique, elle est aussi juridique.
Toutefois, la priorité de dividende ne garantit pas son versement effectif. L'entreprise doit toujours adopter une décision de distribution et respecter les conditions légales. L'investisseur se trouve donc dans une position intermédiaire : supérieur aux actionnaires ordinaires, mais subordonné aux créanciers.
Le rendement ne dit pas tout
Dans le cas des actions privilégiées, le prix d'adjudication influence directement le rendement effectif : plus le prix est bas, plus le rendement est élevé, et inversement. Le prix reflète la manière dont le marché intègre les risques spécifiques, tels que l'absence d'engagement de paiement régulier ou de date d'échéance.
La comparaison évidente se fait avec les obligations de la même entreprise. Pour une obligation, l'entreprise s'engage à payer intérêts et principal à des dates précises, un défaut constituant une infraction juridique. Pour une action privilégiée, même si les dividendes s'accumulent, il n'y a pas forcément de versement en espèces.
Quelle est la valeur de la prime de risque ?
La question centrale demeure : quel écart de rendement est nécessaire pour justifier le passage des obligations de l'entreprise à ses actions privilégiées ? L'exemple de Nofar Energy le montre bien : si une obligation offre un rendement de 6% à 6,5%, tandis que l'action privilégiée propose un dividende de base de 8,5%, l'investisseur doit décider si un écart d'environ 2% compense les différences de profil de risque.
Ce qui manque en Israël
Le report d'une seule émission ne signifie pas qu'il n'y a pas de demande pour les actions privilégiées en Israël. Il indique surtout que le marché financier local manque encore de profondeur, de diversité, d'indices dédiés et de systèmes d'information comparables.
Pour que ces actions deviennent une véritable catégorie d'investissement, il ne suffit pas de conditions attractives pour une seule émission, mais d'une construction progressive de toute l'infrastructure du marché.





