L'euro recule face au dollar sur fond d'instabilité politique et de craintes sur la dette en Europe

L'euro est tombé à un plus bas d'un an et demi face au dollar, pénalisé par la faiblesse économique européenne et les risques politiques croissants en France et en Allemagne.

Globes•Auteur : אסף אוני
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L'euro recule face au dollar sur fond d'instabilité politique et de craintes sur la dette en Europe
Photo : Globes / אירו. ''גל המכירות האחרון נובע במיוחד מהחששות בנוגע לצרפת'' / צילום: Shutterstock

Au printemps de l'an dernier, la présidente de la Banque centrale européenne, Christine Lagarde, s'est présentée devant les caméras pour déclarer que le moment était venu pour l'euro de briller sur la scène internationale. Le président américain imposait alors quotidiennement des droits de douane sur le commerce extérieur et était engagé dans un bras de fer frontal avec la Réserve fédérale. Le statut du dollar en tant que monnaie de réserve était ébranlé, son taux de change face à la monnaie européenne commune était tombé à un plus bas de quatre ans, et Mme Lagarde avait prédit que le « moment mondial » de l'euro commençait.

À la date de la semaine dernière, ce moment ne s'est pas matérialisé. Ces dernières semaines, l'euro est tombé à un plus bas de près d'un an et demi face à la devise américaine. Lors des échanges en début de semaine, l'euro est descendu à 1,11 dollar, alors qu'il s'établissait à 1,18 lorsque Mme Lagarde a prononcé ses propos en estimant que la demande pour l'euro augmenterait. Depuis le début de l'année, la valeur de la monnaie commune de 20 économies de l'Union européenne a reculé d'environ 4 % par rapport au dollar.

Faiblesse économique et monétaire sur le continent

En Europe, on tente ces derniers jours de comprendre la dynamique qui explique cette situation. D'un côté, un facteur significatif du renforcement global du dollar pourrait résider dans la politique de la Réserve fédérale américaine. Selon cette explication, face à une menace inflationniste qui pèse également sur les rendements des obligations d'État, la Fed continuera de relever ses taux d'intérêt, un mouvement censé renforcer le dollar en comparaison internationale.

Cependant, la plupart des explications actuelles sont d'ordre intra-européen et renvoient davantage à la faiblesse économique et monétaire du continent qu'au renforcement des monnaies concurrentes. Le risque d'une crise de la dette dans l'Union européenne est nettement plus marqué que dans d'autres régions, en raison notamment de sa structure singulière : une union monétaire et non budgétaire.

La France, deuxième économie de l'UE, vacille au bord d'une crise de la dette, sa dette nationale devant franchir cette année le seuil des 120 % du PIB, tandis que la situation politique ne laisse entrevoir aucune issue rapide. Lundi, le gouverneur de la Banque de France a lancé un avertissement exceptionnel dans un entretien accordé au Financial Times. Il a affirmé que si le gouvernement français ne parvenait pas à faire voter un budget assorti d'un déficit minimal dans les prochains mois, prouvant ainsi que le pays prend au sérieux son problème de dette, « il y a effectivement un risque que nous soyons progressivement étouffés par la hausse des taux d'intérêt ».

L'alourdissement de la dette et l'instabilité politique

L'année dernière, la France a versé pas moins de 70 milliards d'euros au titre des intérêts de la dette, et ce montant ne devrait qu'augmenter alors que les rendements des obligations du gouvernement français atteignent un sommet de deux décennies. Sur fond d'images d'écoles incendiées et de promesses populistes des principaux camps politiques en vue de l'élection présidentielle d'avril-mai prochains, il est difficile d'imaginer comment le gouvernement parviendra à honorer ces charges.

« La dernière vague de ventes découle en particulier des craintes concernant la France, où les investisseurs se préparent à un risque budgétaire accru », estime un analyste du cabinet de conseil Oxford Economics.

À l'instabilité politique pesant sur la monnaie s'est ajoutée l'annonce, en début de semaine, par le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez, d'élections législatives anticipées fixées au 29 novembre. De même, la fragilité de la coalition allemande, qui a essuyé une défaite sans précédent lors d'une série de scrutins régionaux, ne contribue pas à inspirer confiance pour l'avenir.

L'impact sur la zone euro et les marchés

L'incidence de ces facteurs dépasse le seul cadre national, comme en France, en ébranlant la crédibilité de l'Union européenne et, par ricochet, de l'euro. Face à la flambée des rendements des obligations italiennes et grecques, par exemple, la Banque centrale européenne avait mené par le passé un vaste programme d'achats pour les rabaisser artificiellement. Si la France devait recourir à un tel mécanisme, il est censé lui être ouvert, en particulier sous le mandat de Mme Lagarde.

« Au cours des six prochains mois, quiconque investit en Europe ne pourra faire abstraction des questions politiques », a écrit un analyste allemand dans le Frankfurter Allgemeine Zeitung.

Mais comment les Allemands, sous la pression des partis populistes, réagiraient-ils à une telle forme de soutien à la France ? Déjà, le débat en Allemagne penche plus que jamais vers l'euroscepticisme. Jusqu'à présent, les pays européens sont parvenus à préserver leur stabilité politique en injectant de l'argent public et en creusant la dette. Si cette période touche à sa fin, les conséquences pour l'euro, et au-delà, pourraient s'avérer considérables.

La chute de l'euro : aubaine ou malédiction ?

À court terme, la banque ING estime notamment que l'euro continuera de reculer vers le seuil de 1,1 dollar. Certains se félicitent toutefois de cette tournure. De manière générale, une valeur plus faible favorise les exportations européennes. L'euro s'est affaibli non seulement face au dollar, mais aussi face au franc suisse et à la livre sterling.

« C'est à la fois une bénédiction et une malédiction », a écrit l'analyste Jochen Stenzel, soulignant la récente progression de l'indice allemand DAX et relevant que « la plupart des entreprises incluses dans l'indice bénéficient de la dépréciation monétaire grâce à des perspectives d'exportation plus favorables ».

En France, le quotidien économique Les Echos a également souligné que « la chute de l'euro face au dollar, qui découle en grande partie du risque politique français, peut s'avérer très avantageuse pour les entreprises du pays ».

Selon les calculs publiés par Goldman Sachs, chaque baisse de 10 % de la valeur de l'euro face au dollar se traduit par une hausse de 2 % à 4 % du bénéfice par action des 600 entreprises composant l'indice pan-européen Stoxx 600.

À long terme, investisseurs et analystes guettent les signaux alarmants indiquant que la zone euro pourrait faire face à une nouvelle crise de la dette souveraine. « La grande question est de savoir s'il s'agit du début d'une nouvelle crise de la dette souveraine dans la zone euro, ou si les marchés ont d'ores et déjà anticipé au-delà de toute mesure raisonnable », a écrit un analyste de la Deutsche Bank. Lors de la crise précédente, l'euro s'était tiré d'affaire grâce à la déclaration du président de la BCE d'alors, Mario Draghi, affirmant que la banque ferait « tout ce qu'il faudra » pour le soutenir. Aujourd'hui, l'Europe est un continent radicalement différent.

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