Les institutionnels se tournent vers le portefeuille global face à l'essor du privé

Les investisseurs institutionnels adoptent l'approche du portefeuille global (TPA) pour optimiser leurs rendements, soulignant l'importance cruciale de la sélection des gestionnaires sur les marchés privés.

Les institutionnels se tournent vers le portefeuille global face à l'essor du privé
Photo : StateofIsrael / Flickr (CC BY-SA 2.0)

Depuis près de quatre décennies, l'un des piliers de l'investissement institutionnel repose sur la répartition d'un portefeuille en classes d'actifs distinctes telles que les actions, les obligations, l'immobilier et le capital-investissement. Chaque groupe se voyait attribuer un poids cible et un indice de référence, les équipes étant évaluées strictement au sein de leur propre périmètre. Connu sous le nom d'allocation d'actifs stratégique (Strategic Asset Allocation ou SAA), ce modèle offrait aux investisseurs un cadre clair et une discipline rigoureuse. Aujourd'hui, certains des investisseurs institutionnels les plus influents au monde commencent à se demander si ce cadre répond encore aux exigences des marchés actuels.

Vers l'Approche du Portefeuille Global

Cet été, CalPERS, l'un des plus grands fonds de pension au monde, a adopté l'approche du portefeuille global (Total Portfolio Approach ou TPA). Au lieu de déterminer au préalable le montant à allouer à chaque classe d'actifs, chaque investissement est évalué en fonction de sa contribution globale à l'ensemble du portefeuille : son rendement ajusté au risque, sa liquidité et les expositions déjà existantes. Le capital n'est plus préaffecté à un compartiment spécifique, mais dirigé vers l'opportunité qui enrichit le mieux l'ensemble.

CalPERS n'est pas un cas isolé. Parmi les institutions ayant adopté cette démarche figurent le régime de pensions du Canada CPP Investments, le fonds souverain australien Future Fund, le fonds singapourien GIC et le fonds souverain néo-zélandais New Zealand Super Fund. En juillet 2026, le CFA Institute a publié un rapport exhaustif consacré à cette transition vers une allocation globale du capital. Une étude menée par le Thinking Ahead Institute a révélé que les institutions ayant adopté le TPA ont généré un rendement annuel moyen supérieur de 1,3 % sur la décennie analysée par rapport à celles fonctionnant selon le modèle SAA. Face à un objectif de rendement d'environ 7 % par an, cet écart s'avère considérable, en particulier dans la gestion d'actifs à long terme.

Les Défis des Marchés Privés et la Sélection des Gestionnaires

Cette transformation s'accompagne d'une hausse continue de la part des investissements privés dans les portefeuilles institutionnels. À mesure que ces marchés gagnent en centralité, une autre réalité s'impose : le choix de la stratégie ne représente qu'une partie de l'équation. La sélection du gestionnaire d'actifs peut influencer de manière spectaculaire le résultat final. Les données de Preqin sur les fonds de rachat (buyout), qui prennent des participations majoritaires dans des entreprises, l'illustrent parfaitement. Pour les fonds du millésime 2022, encore à un stade précoce, les rendements oscillent actuellement entre moins 18 % pour la tranche basse et environ 34 % pour la tranche haute, soit un écart de plus de 50 points de pourcentage.

Ces disparités démontrent pourquoi il est insuffisant de se limiter à la simple répartition d'actifs sur les marchés privés. Contrairement aux marchés publics, où l'on peut acquérir une exposition large via des fonds indiciels, la possibilité d'obtenir un rendement de marché dans le non coté est plus restreinte. L'identification des meilleurs gestionnaires devient ainsi un volet crucial de la gestion des risques et de la recherche de performance.

Enjeux et Perspectives

Les investisseurs institutionnels en Israël ont également élargi de manière significative leurs activités sur les marchés privés. La question centrale est de savoir si leurs processus de décision ont évolué au même rythme : comment comparer investissements privés et publics selon leur contribution au portefeuille global, comment valoriser la liquidité et comment combiner allocation d'actifs et sélection de gestionnaires. Ces thématiques seront au cœur de la conférence annuelle de Leader Private Equity, qui se tiendra le 10 novembre.

Le débat dépasse largement le cadre d'une stratégie d'investissement spécifique pour toucher à la construction même des portefeuilles institutionnels de la prochaine décennie. L'approche du portefeuille global ne supprime pas l'importance de l'allocation d'actifs, mais en redéfinit le point de départ. Dans l'univers du non coté, la conclusion est sans appel : si l'allocation détermine où investir, la sélection du gestionnaire et du fonds dicte en grande partie le succès de l'opération.

Dans la même rubrique