Pour la première fois dans l'histoire : lancement d'une route maritime régulière via le pôle Nord
La société chinoise « Sea Legend » a inauguré un service hebdomadaire de porte-conteneurs dans les eaux de l'océan Arctique. Cet itinéraire réduit les délais de livraison entre la Chine et le Royaume-Uni en évitant le détroit de Bab-el-Mandeb.

La première ligne maritime régulière passant par le pôle Nord a débuté ses opérations samedi, lorsqu'un porte-conteneurs chinois a quitté le port de Ningbo en direction du Royaume-Uni. Cet itinéraire contourne le canal de Suez et la mer Rouge, permettant de réduire le temps de transport de moitié dans un contexte de fortes perturbations logistiques dues aux conflits au Moyen-Orient.
La ligne est exploitée par la compagnie maritime chinoise Sea Legend, qui avait effectué un voyage d'essai l'an dernier en 20 jours, soit environ la moitié du temps nécessaire pour le trajet autour de l'Afrique, auquel de nombreuses entreprises ont dû recourir en raison de la crise dans le détroit de Bab-el-Mandeb.
Le navire « Dubai Tower » devrait accoster au Royaume-Uni le 7 septembre, avant de poursuivre vers Hambourg et Gdynia. Au total, huit voyages sont prévus jusqu'à la fin du mois d'octobre.
Le développement de cette route est rendu possible par la fonte de la calotte glaciaire du pôle Nord. Selon le Wall Street Journal, la surface de glace marine estivale a diminué de moitié au cours des cinquante dernières années, soit une zone quatre fois plus grande que le Texas. Ce qui était autrefois un obstacle infranchissable est devenu une voie relativement fiable, bien que la fenêtre de navigation soit actuellement limitée à deux mois par an.
Les facteurs économiques jouent également un rôle déterminant. Le carburant représente plus de 70 % des coûts de voyage, et avec un prix du pétrole avoisinant les 90 dollars le baril, l'utilisation de la route maritime du Nord sans escorte de brise-glace est plus rentable que le détour par l'Afrique, malgré des tarifs d'assurance dans l'Arctique supérieurs de 40 %.
L'itinéraire longe la côte nord de la Russie dans sa zone économique exclusive. Chaque passage nécessite une autorisation de Rosatom, la société d'État russe qui gère la route et exploite la seule flotte mondiale de brise-glace à propulsion nucléaire, indispensables à la navigation en dehors de la courte fenêtre estivale.
Pour la Russie, il s'agit d'un développement stratégique : la route permet d'exporter vers la Chine via une artère entièrement sous le contrôle de Moscou, loin des sanctions occidentales et des menaces sécuritaires en mer Noire. Pour la Chine, dépendante des importations d'énergie et des exportations de produits, c'est un moyen de réduire sa dépendance envers des « points de passage obligés » comme le détroit de Malacca ou celui de Bab-el-Mandeb, qui pourraient être bloqués en cas de confrontation militaire avec les États-Unis.
Les grandes puissances rivalisent déjà pour influencer la région. La Chine, qui s'est déclarée « État proche de l'Arctique », développe sa « Route de la soie polaire ». Les États-Unis, particulièrement depuis le retour du président Donald Trump à la Maison Blanche, ont également intensifié leurs efforts : Trump a souligné l'importance stratégique du Groenland et a signé un accord avec la Finlande pour construire des brise-glace afin d'élargir la flotte américaine.
Malgré ce précédent chinois, les experts appellent à la prudence. Selon Niels Rasmussen, analyste chez BIMCO, cette route représente actuellement moins de 0,1 % du volume annuel de conteneurs entre l'Asie de l'Est et l'Europe du Nord, et la région demeure extrêmement dangereuse pour la navigation.





