Affaire Hermès : la justice française s'apprête à entendre Bernard Arnault

La justice française s'apprête à entendre Bernard Arnault dans le cadre de l'enquête sur la disparition de six millions d'actions Hermès estimées à huit milliards d'euros.

Affaire Hermès : la justice française s'apprête à entendre Bernard Arnault
Photo d'illustration FilIsrael : AI Generated

La mystérieuse disparition de millions d'actions Hermès atteint les sommets de l'industrie du luxe française. Selon une enquête publiée par le journal Le Monde le 29 octobre, la juge d'instruction en charge du dossier a l'intention de convoquer pour audition Bernard Arnault, PDG du groupe de luxe LVMH et l'une des personnes les plus riches du monde.

L'enquête porte sur le sort d'environ six millions d'actions Hermès qui appartenaient, selon Nicolas Puech, descendant de 83 ans de la famille fondatrice de la maison de couture. Puech affirme que ces titres, représentant environ 5,7 % du capital de l'entreprise, ont été transférés à son insu. Sur la base de la valorisation actuelle du marché, cette participation est évaluée à environ 8 milliards d'euros. Puech indique n'avoir découvert qu'en 2022 que les actions n'étaient plus sous son contrôle, attribuant l'affaire à son ancien gestionnaire de patrimoine suisse, Eric Freymond, qui a géré ses affaires financières pendant des années et est décédé en 2025.

Élargissement des investigations et dénégations du groupe

Selon l'enquête, quatre avocats, une notaire et un homme d'affaires ont déjà été mis en examen dans le cadre de cette affaire. Il a également été rapporté qu'un cadre dirigeant de LVMH a admis lors de son témoignage n'avoir pas vérifié l'identité des actionnaires dont les parts ont été acquises par l'intermédiaire des banques. Les enquêteurs examinent par ailleurs des liens financiers entre Freymond et des acteurs agissant pour le compte du groupe de luxe.

Un autre détail révélé concerne un accord conclu en 2019, dans le cadre duquel LVMH a versé 10 millions d'euros à Puech et 10 millions d'euros à Freymond. Ces versements soulèvent de nouvelles questions sur les relations entre les parties, bien qu'ils ne constituent pas en soi la preuve d'une activité illégale.

Contexte historique et bataille boursière

L'arrière-plan de cette affaire renvoie à la célèbre lutte de pouvoir entre deux géants du luxe. En 2010, LVMH avait révélé avoir accumulé environ 17 % des actions Hermès, augmentant par la suite sa participation à près de 23 %, notamment par le biais de transactions et de produits dérivés financiers. Cette manœuvre avait suscité une vive opposition de la famille Hermès, qui y voyait une tentative de prise de contrôle hostile.

En 2013, LVMH a été condamnée à une amende de 8 millions d'euros par l'Autorité des marchés financiers française pour manquement à ses obligations de déclaration. Le conflit s'est achevé en 2014 par un accord aux termes duquel le groupe s'est séparé de ses actions Hermès. En septembre dernier, Reuters a rapporté qu'un accord avait déjà été signé en 2002 entre LVMH et Freymond pour l'achat de titres Hermès appartenant à Puech et à d'autres héritiers. LVMH soutient que cet accord n'a jamais été exécuté et que l'habilitation de Freymond à agir au nom de Puech n'était pas claire, niant toute détention d'actions dissimulées.

Puech a intenté une action civile contre LVMH, Arnault et d'autres parties, se réservant le droit de réclamer jusqu'à 14 milliards d'euros de dommages et intérêts si sa responsabilité était établie. À ce jour, aucune charge n'a été retenue contre Arnault ou LVMH dans ce dossier.

Performances financières et perspectives

Ces développements judiciaires surviennent dans une période délicate pour les investisseurs d'Hermès. Au 2 novembre, l'action de la maison de couture s'échange autour de 1 296 euros, marquant un repli d'environ 39 % depuis le début de l'année 2026. La capitalisation boursière de l'entreprise s'établit à environ 137 milliards d'euros.

Malgré la faiblesse du cours de l'action, l'activité opérationnelle d'Hermès continue de progresser. La société a annoncé le 22 octobre un chiffre d'affaires d'environ 4,1 milliards d'euros pour le troisième trimestre, en hausse de 4,3 % à taux de change constants par rapport à la même période de l'année précédente. Sur les neuf premiers mois de l'année, les revenus ont atteint environ 12,26 milliards d'euros, soit une croissance de 5,5 % à devises constantes.

Les résultats annuels d'Hermès doivent être publiés le 12 février 2027. D'ici là, l'attention reste focalisée sur l'enquête judiciaire et sur la possibilité de retrouver la trace des titres perdus, plus de deux décennies après le début de la rivalité entre les deux empires du luxe.

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