Le rêve américain et son effondrement : la génération Z privilégie l'investissement à l'immobilier
Jusqu'à récemment, l'achat d'un logement était le pilier du rêve américain pour les jeunes, mais la flambée des prix de l'immobilier les contraint à changer de stratégie. Plutôt que de s'endetter pour un crédit immobilier, la génération Z se tourne vers le trading via des applications et les investissements boursiers pour se constituer un capital, tout en retardant les projets familiaux et en vivant chez leurs parents.

Il n'existe pas de symbole plus emblématique du « rêve américain » que l'achat d'une maison. Une vraie maison, avec une clôture blanche et une cour où les enfants peuvent jouer pendant des heures. Si l'achat d'un appartement était également un pilier de ce rêve, l'incapacité des jeunes Américains à accéder à la propriété aujourd'hui illustre clairement l'effondrement de cet espoir. Les coûts du logement et les taux d'intérêt élevés sur les prêts hypothécaires relèguent l'accession à la propriété au second plan dans la stratégie patrimoniale de la génération Z.
Selon la National Association of Realtors, l'âge médian des primo-accédants aux États-Unis est passé à 40 ans, contre 30 ans en 2008. L'année dernière, ces acheteurs ne représentaient que 21 % du marché, un plus bas historique. Un sondage du Pew Research Center révèle que neuf adultes sur dix de moins de 40 ans estiment qu'il est plus difficile pour les jeunes d'aujourd'hui d'acheter un logement que pour leurs parents.
La retraite plutôt que l'hypothèque
Marquée par les crises économiques et la pandémie, la génération Z cherche à assurer son avenir financier plus tôt que ses aînés. Cependant, cette stratégie repose moins sur l'achat d'une maison que sur les actions, les obligations et les comptes d'épargne-retraite. Selon Fidelity, les contributions de la génération Z à ces comptes ont augmenté de 65 % sur un an, soit plus du double de celles des milléniaux.
Kana Cummings (26 ans) a commencé à s'intéresser aux finances personnelles en 2020. Après un atelier sur le sujet, elle a ouvert un compte de retraite personnel, alimenté par ses primes et ses stages. « Autrefois, les entreprises offraient des retraites, mais aujourd'hui, les gens doivent se prendre en main », explique-t-elle. Bien qu'elle souhaite acheter un appartement, elle n'épargne pas activement pour une maison, préférant vivre chez ses parents pour conserver une flexibilité financière.
La quête de flexibilité
La chercheuse Roberta Katz, de Stanford, souligne que la génération Z accorde une grande importance à la flexibilité, consciente de vivre dans un monde en mutation constante. Cette mentalité influence d'autres comportements, comme la baisse de la consommation d'alcool et le report de la fondation d'une famille.
Les données économiques confirment ce changement. En 1950, une maison typique en Caroline du Nord coûtait moins de deux ans de revenu familial total. Aujourd'hui, le prix médian dans les grandes villes de cet État atteint un demi-million de dollars. Lillian Rouse et Mark Devney, qui gagnent 120 000 dollars par an, ont réalisé qu'ils ne pouvaient pas s'offrir de maison sans sacrifier leurs projets d'enfants. Les experts lient la baisse du taux de fécondité aux États-Unis, tombé à 1,6 enfant par femme, aux coûts élevés du logement.
Les applications de trading comme Robinhood ont joué un rôle clé en rendant la bourse accessible à tous. Une étude Gallup montre que 81 % des adultes de la génération Z recherchent des conseils financiers, et 75 % s'informent en ligne. En plaçant leur argent sur des comptes d'investissement tout en restant locataires ou en vivant chez leurs parents, ils espèrent atteindre la stabilité financière que les générations précédentes obtenaient par l'immobilier.

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