Israël : l'Ordre des avocats encadre strictement l'usage de l'intelligence artificielle

L'Ordre des avocats d'Israël a publié des directives strictes interdisant aux agents d'IA autonomes de prendre des décisions juridiques ou de rédiger des actes sans supervision humaine, tout en mettant en garde contre l'utilisation de données confidentielles sur des plateformes ouvertes.

CalcalistAuteurs : ליטל דוברוביצקי, עמיר קורץ
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Israël : l'Ordre des avocats encadre strictement l'usage de l'intelligence artificielle
Photo : Calcalist / צילום: קאנבה

Le comité d'éthique national de l'Ordre des avocats d'Israël a publié une directive stricte interdisant aux systèmes autonomes et aux agents d'intelligence artificielle de prendre des décisions juridiques substantielles, de fournir des conseils juridiques indépendants ou de rédiger des actes de procédure sans une étroite supervision humaine. Signée par Me Menachem Moskowitz, président du comité d'éthique, cette opinion actualisée souligne que si l'intelligence artificielle peut servir d'aide technique contrôlée, la responsabilité juridique et professionnelle incombe entièrement aux avocats. Alors qu'Israël compte environ 100 000 avocats, l'Ordre rappelle qu'à mesure que l'autonomie des systèmes d'IA augmente, les risques éthiques et professionnels s'accroissent de manière exponentielle.

Limites strictes imposées aux agents autonomes

Selon la directive, un agent d'IA est défini comme un système capable d'agir avec un certain degré d'autonomie pour exécuter des tâches, planifier des flux de travail et interagir avec des environnements externes sans intervention humaine. Le comité a explicitement statué qu'il est interdit d'utiliser des systèmes autonomes pour prendre des décisions majeures en matière de représentation à la place de l'avocat. L'IA ne peut en aucun cas fournir des conseils juridiques indépendants, représenter des clients devant les tribunaux ou soumettre des actes de procédure sans une validation humaine rigoureuse.

Cependant, l'Ordre précise qu'il n'y a aucun obstacle à l'utilisation de systèmes d'IA pour des tâches techniques, circonscrites, documentées et réversibles, décidées préalablement par un humain et soumises à des contrôles stricts. L'utilisation d'un composant autonome impose toutefois à l'avocat d'examiner avec une vigilance accrue l'adéquation de l'outil aux objectifs de la représentation.

Protection de la vie privée et interdiction des données restreintes

La protection du secret professionnel constitue un pilier central de ces nouvelles directives. Il est strictement interdit aux avocats d'alimenter des plateformes d'IA ouvertes et non sécurisées avec des « données restreintes » — toute information non publique protégée par des obligations légales ou éthiques, telles que des dossiers médicaux, des données personnelles sensibles ou des secrets d'affaires.

« L'avocat doit éviter d'introduire des données restreintes dans des plateformes d'IA ouvertes ou dans tout autre environnement d'utilisation qui ne garantit pas une protection conforme à ses devoirs professionnels », indique le comité.

L'Ordre prévient qu'une simple anonymisation (suppression des noms) ne constitue pas une protection suffisante, le croisement de données sophistiqué pouvant révéler l'identité des clients. Même au sein de plateformes fermées garantissant la sécurité informatique et interdisant l'utilisation des données pour l'entraînement des modèles, l'avocat conserve une obligation de diligence pour évaluer les protocoles de chiffrement et de conservation des données.

Transparence envers les clients et gestion des « hallucinations »

La transparence vis-à-vis du client est exigée lorsque l'utilisation de l'IA influence de manière substantielle la stratégie de représentation ou implique l'utilisation de données restreintes sur des plateformes ouvertes. Dans de tels cas, un consentement éclairé et explicite du client est obligatoire. Des clauses générales insérées dans les conventions d'honoraires ne sauraient suffire.

En outre, le comité met en garde contre les « hallucinations » de l'IA, ces situations où les logiciels inventent de toutes pièces des arrêts de jurisprudence ou des sources juridiques totalement erronées mais crédibles. Rappelant des cas où des avocats ont soumis des décisions fictives aux tribunaux, l'Ordre avertit qu'une dépendance aveugle aux résultats informatiques entraînera de lourdes sanctions disciplinaires.

« La responsabilité personnelle et directe de l'avocat pour ses actes, ses conseils et ses documents juridiques demeure entière, et il ne peut se retrancher derrière les productions de l'intelligence artificielle », conclut le texte.

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