Eyal Shani en toute confidence : « Je l'aime plus que tout au monde »
Le célèbre chef Eyal Shani se livre sur une tragédie personnelle, le boycott « silencieux » des restaurants israéliens à l'étranger et la raison pour laquelle il refuse de se regarder à la télévision.

Il est l'un des chefs les plus influents d'Israël, créateur de dizaines de restaurants à travers le monde et une figure emblématique de la télévision dont le langage culinaire est devenu une référence. Mais pour Eyal Shani, ce brillant vernis n'est qu'un réceptacle pour quelque chose de bien plus profond. Dans une interview accordée à ice lors du lancement de la gamme végétale « Feel Gad », il explique ce qui le pousse à créer après quatre décennies en cuisine, comment il gère sa notoriété et sa vision face à la vague d'antisémitisme et de boycott qui touche les entreprises israéliennes à l'étranger.
Interrogé sur sa capacité à rester pertinent au fil des ans, Shani rejette les stratégies marketing complexes. Pour lui, la création est un processus instinctif et spirituel. « Je me promène dans un silence intérieur, puis je sens un changement, une idée arrive comme une révélation, comme Archimède. Ce n'est pas une stratégie, c'est une renaissance constante », décrit-il.
Cette source créative inépuisable est ce qui le maintient en activité depuis 40 ans. Sa présence médiatique — de juge dans « MasterChef » à mannequin occasionnel — n'est qu'un moyen de toucher le public. « Je ne cherche pas les gros titres, mais ils m'aident. Je cuisine pour donner la vie, et je ne peux pas m'arrêter. Les médias me donnent le droit de toucher les gens », confie-t-il.
À l'approche de la nouvelle saison de « MasterChef », Shani est catégorique : il ne changera pas pour les caméras. « Je suis 100% naturel. Je viens tel que je suis », souligne-t-il. Pourtant, il ne supporte toujours pas de se voir à l'écran. « J'ai 67 ans et je n'aime toujours pas me voir. Même enfant, quand je récupérais des photos au studio, j'étais effrayé par mon propre reflet », partage-t-il.
L'expansion internationale de son empire — « Miznon », « HaSalon » et d'autres à New York, Paris ou Londres — le place en première ligne de la bataille pour l'image d'Israël. Shani observe une mutation de l'antisémitisme : « Autrefois, c'était une agression ouverte, aujourd'hui c'est un boycott silencieux : ils voient un Israélien et l'ignorent. » Sa réponse ? Ne pas se replier, mais grandir : « La seule voie est d'augmenter nos activités, de trouver de nouvelles idées et de rester optimistes. »
Shani est également connu pour son lien intense avec la nature. Chez lui, il s'occupe de tortues soudanaises qui font partie intégrante de son quotidien. Mais il garde en mémoire une perte douloureuse. En montrant l'écran de son téléphone, il raconte avec émotion : « C'était le grand amour de ma vie, Rona... qui est morte. Elle pesait 70 kilos. C'était une tragédie terrible, j'ai été en deuil pendant un an. Cela touche une corde sensible que rien ne peut effacer. »
Lorsqu'on lui demande de choisir son restaurant préféré, Shani ne peut trancher. « J'aime celui dans lequel je me trouve. Mais mon cœur revient toujours aux origines : le premier « Miznon » sur Ibn Gabirol, « Malka », « HaSalon ». Je les aime parce que je les ai créés avec l'innocence du débutant, sans le savoir-faire technique qui, aujourd'hui, n'est plus un exploit en soi. »





