Wall Street : la saison des résultats s'ouvre sur fond d'optimisme excessif
Wall Street lance sa saison des résultats dans un climat d'incertitude. L'économiste en chef de Meitav, Alex Zbezinsky, met en garde contre un optimisme excessif des investisseurs face aux risques.

La saison des résultats à Wall Street s'est officiellement ouverte cette semaine, alors que les investisseurs doivent naviguer dans un contexte complexe marqué par l'incertitude géopolitique, des prix du pétrole élevés et des rendements obligataires record aux États-Unis.
Un rappel de ces défis est intervenu lorsque les données sur l'inflation américaine ont provoqué une nette correction des bourses new-yorkaises, menées par les valeurs technologiques. Malgré ce repli, le S&P 500 reste proche de ses sommets historiques, soulevant une question cruciale : les investisseurs évaluent-ils de manière lucide les nombreux risques du marché ? Alex Zbezinsky, chef économiste chez Meitav, estime que la réponse est négative.
"Je ne pense pas que les investisseurs évaluent [les risques] de manière lucide. Ils restent optimistes malgré tout", a déclaré M. Zbezinsky. Il souligne que l'exposition des investisseurs particuliers aux actions se situe à un niveau record. Alors que les enquêtes traduisent un pessimisme économique général, les particuliers affichent un optimisme persistant pour le marché boursier, un décalage inédit depuis près de 40 ans.
"Auparavant, les anticipations économiques et boursières étaient corrélées", a expliqué M. Zbezinsky. "Aujourd'hui, elles ne le sont plus. Les institutionnels affichent également une exposition maximale. Après 16 années sans récession ni crise majeure, tout le monde s'est habitué à considérer chaque baisse comme une opportunité d'achat."
L'illusion des multiples de valorisation
Les attentes pour cette saison de résultats restent élevées, le consensus anticipant une hausse d'environ 24 % sur un an du bénéfice par action. Toutefois, cette progression repose essentiellement sur deux secteurs : la technologie, avec une croissance d'environ 70 %, et l'énergie, portée par les cours pétroliers.
Certains analystes considèrent la récente contraction des multiples de valorisation comme une opportunité d'achat, le ratio cours/bénéfice prévisionnel étant passé de 20,5 à environ 19. Néanmoins, M. Zbezinsky avertit que ces chiffres sont trompeurs, car ils reposent sur des anticipations de bénéfices extrêmement élevées.
Le pari de l'intelligence artificielle
La concentration croissante des géants technologiques a entraîné un découplage du S&P 500 par rapport à la moyenne des actions, une grande partie du marché évoluant en deçà de ses sommets. M. Zbezinsky rappelle que le succès de la révolution de l'intelligence artificielle devra se mesurer à l'aune de son application concrète dans l'ensemble des secteurs économiques.
"Le marché repose actuellement sur les performances technologiques et sur des acteurs clés de l'écosystème. Si l'un d'eux trébuche, c'est toute la chaîne qui pourrait vaciller", a-t-il mis en garde.





