Une banque suisse avertit : l'Europe perd du terrain face aux États-Unis et à la Chine à cause d'une erreur stratégique
Une analyse spectaculaire de Lombard Odier révèle comment des sommes colossales d'épargne publique fuient le continent et souligne les mesures urgentes à prendre d'ici 2030.

L'Europe est confrontée à un défi économique et géopolitique majeur, alors que l'écart qui la sépare des États-Unis et de la Chine en matière de croissance, d'investissements et de technologie ne cesse de se creuser. C'est ce qui ressort d'une analyse de Lombard Odier, la banque suisse spécialisée dans la gestion de fortune. Michael Strobaek, directeur mondial des investissements de la banque, souligne la nécessité pour l'Europe d'accroître ses investissements et de renforcer ses infrastructures, son industrie et le domaine de l'intelligence artificielle.
Cette analyse intervient dans un contexte de changements sur la scène internationale, notamment la politique tarifaire des États-Unis, l'incertitude entourant leurs engagements en matière de sécurité, la concurrence de la Chine et les développements au Moyen-Orient. Selon Strobaek, cette réalité oblige l'Europe à renforcer son autonomie stratégique et à investir davantage dans l'économie locale.
L'un des chiffres marquants est le volume de l'épargne des ménages en Europe, estimé à environ 33 000 milliards d'euros. Malgré cela, une part importante de ce capital n'est pas orientée vers des investissements sur le continent. Environ un tiers de l'épargne est conservé sur des comptes courants, et une grande partie du reste est investie hors d'Europe, principalement aux États-Unis. Parallèlement, les entreprises européennes peinent parfois à obtenir le financement nécessaire à leur croissance.
Selon un rapport publié par l'ancien président de la Banque centrale européenne, Mario Draghi, l'Europe devra augmenter ses investissements de 750 à 800 milliards d'euros par an d'ici 2030, soit un montant équivalent à environ 4,5 % du PIB, pour combler l'écart avec les États-Unis et la Chine.
Selon Strobaek, la solution ne réside pas nécessairement dans un manque de capital, mais dans la capacité à l'orienter vers les bonnes destinations. Des incitations pour les ménages et les investisseurs institutionnels, parallèlement au développement des marchés financiers européens, pourraient encourager les investissements locaux et empêcher la poursuite de la fuite des capitaux vers l'étranger.
Les gouvernements ont également un rôle important à jouer dans ce processus. L'un des exemples est le fonds pour l'infrastructure et le climat de l'Allemagne, doté de 500 milliards d'euros, destiné à soutenir les secteurs des transports, de la numérisation et de la santé. Le test principal sera la capacité de ce type d'investissement public à attirer des volumes significatifs de capitaux privés.
Du point de vue des investisseurs, un tel changement pourrait créer des opportunités dans les domaines des infrastructures, du climat, de l'énergie, de la technologie, des données, de la cybersécurité et des industries de défense. Si l'Europe parvient à mener à bien les réformes des marchés financiers et à conserver une plus grande partie du capital sur le continent, il est possible que les marchés locaux bénéficient également de ce processus.
Cependant, Lombard Odier prévient que le chemin n'est pas sans risques. L'instabilité politique, les coalitions fragiles en Allemagne, les élections en France et la lenteur du processus décisionnel au sein de l'Union européenne pourraient retarder les mesures nécessaires.
Par conséquent, le message principal de Strobaek est que l'Europe peut encore changer de cap. Au lieu de laisser des sommes colossales sur des comptes courants ou de les orienter vers des marchés outre-mer, le continent peut utiliser le capital local pour financer l'innovation, les infrastructures, la productivité et la technologie, et renforcer sa position dans la compétition économique mondiale.





