L'Ukraine cible l'économie russe par des frappes de drones massives
L'Ukraine multiplie les frappes de drones contre l'économie russe, ciblant les raffineries, les ports céréaliers et les entrepôts de commerce en ligne pour faire pression sur Moscou.

L'Ukraine a réorienté ses efforts ces derniers mois pour cibler systématiquement l'économie russe, utilisant des frappes de drones à longue portée pour perturber des industries clés, selon un rapport détaillé du Wall Street Journal. Alors que les lignes de front dans l'est de l'Ukraine restent figées dans une guerre d'usure après quatre ans et demi de combats, Kiev ouvre un second front économique. Cette stratégie vise à infliger de lourds dégâts financiers aux secteurs de l'énergie, de l'agriculture, du commerce en ligne, de la banque et de l'aviation en Russie, afin de faire ressentir le coût de la guerre à la population russe et de faire pression sur le Kremlin.
L'énergie et l'agriculture sous le feu des drones
Les frappes de drones ukrainiens contre les raffineries russes ont provoqué des pénuries de carburant et des mesures de rationnement durant l'été. En août, la capacité de raffinage de la Russie est tombée à 3,8 millions de barils par jour, soit une baisse de 24 % par rapport à août de l'année précédente. Les données officielles du gouvernement russe indiquent que les prix du carburant ont bondi de 19 % depuis le début de l'année. Face à ces pénuries, une nouvelle application mobile est devenue très populaire parmi les conducteurs russes pour localiser les stations-services approvisionnées.
Parallèlement, l'Ukraine a gravement perturbé les principales routes d'exportation agricole de la Russie. Depuis juillet, une série d'attaques ciblées contre des terminaux d'exportation et des cargos en mer Noire et en mer d'Azov a paralysé les exportations de blé et d'orge. Les exportations russes de blé ont chuté de plus de 50 % en août par rapport au même mois de l'année dernière, atteignant leur plus bas niveau depuis 2010. Cette situation a entraîné un excédent de l'offre sur le marché intérieur, faisant chuter les prix pour les agriculteurs russes.
Impact sur le commerce en ligne et le secteur bancaire
Kiev a également ciblé l'économie numérique russe en menant plus de 30 frappes depuis juillet contre les centres logistiques de Wildberries et d'Ozon, les deux plus grandes plateformes de commerce en ligne du pays. Ces attaques ont provoqué de gigantesques incendies dans plusieurs entrepôts. Selon les estimations publiées par le quotidien américain, ces frappes ont causé plus de 10 milliards de dollars de dégâts aux infrastructures et aux marchandises, et devraient entraîner une perte de ventes d'au moins 12 milliards de dollars au cours de l'année à venir. Wildberries génère habituellement un chiffre d'affaires annuel de 70 à 75 milliards d'euros, soit environ 2 % du PIB de la Russie.
Ces perturbations inquiètent le secteur bancaire russe, en particulier la banque d'État VTB, qui accorde des crédits massifs à Wildberries et à ses fournisseurs. Les analystes estiment que Wildberries doit entre 6 et 7 milliards de dollars à la VTB. Les craintes de défaut de paiement ont contribué à une baisse de 25 % de l'action de la VTB depuis le début de l'année. De plus, les citoyens russes conservent de plus en plus leur argent en espèces, et les coupures d'Internet imposées par les autorités pour brouiller les drones ukrainiens perturbent régulièrement les systèmes de paiement en ligne.
Paralysie du trafic aérien
Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a averti la semaine dernière que l'espace aérien russe serait de fait fermé en raison de l'activité des drones ukrainiens. Les aéroports russes sont régulièrement paralysés pendant des heures lorsque des drones sont détectés à proximité. Selon les données de la société de sécurité aérienne Osprey Flight Solutions, la Russie a enregistré 993 fermetures d'aéroports en août, soit une augmentation de près de cinq fois en l'espace de six mois.
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