Trump n'est pas venu pour vaincre l'Iran — il est venu pour conclure un accord
Alors que Téhéran reconnaît le désir américain d'éviter la confrontation, Israël attend toujours le parapluie de Washington. Conclusion : il faut se préparer au « jour d'après » le président américain.
Quiconque a les yeux en face des trous — et les Iraniens ont des yeux et une tête sur les épaules — comprend que Donald Trump ne veut pas de la reprise de la guerre contre l'Iran, que Donald Trump a déjà oublié pourquoi et pour quelle raison il est entré en guerre au départ.
Rappel : l'objectif était d'éliminer le projet nucléaire iranien et de renverser le régime des ayatollahs à Téhéran. Tout ce qu'il demande maintenant, c'est un accord, à presque n'importe quel prix, qui ouvrira le détroit d'Ormuz à la navigation et fera baisser les prix dans les stations-service à travers les États-Unis. En bref, Donald Trump veut laisser la question iranienne derrière lui.
Au milieu du mois dernier, il a certes bombardé des cibles dans le sud de l'Iran, mais il s'agissait d'une apparence de bombardements contre des cibles dépourvues d'importance stratégique, dont certaines avaient déjà été attaquées plus d'une fois au cours de la guerre en mars dernier.
À l'époque, comme on s'en souvient, Donald Trump s'était vanté que la puissance militaire de l'Iran avait été détruite et qu'il restait sans force aérienne ni marine (qu'il n'avait pas vraiment avant la guerre). Inutile de dire qu'il s'avère que les Iraniens ont conservé des capacités militaires et qu'ils n'hésitent pas à les utiliser contre les pays du Golfe et contre les forces américaines qui y sont stationnées.
Et à ce sujet, il a déjà été dit : « Si vous voulez tirer, tirez », et si vous n'avez pas l'intention de faire vraiment la guerre, il vaut mieux ne pas menacer, car très vite tout le monde comprendra que les menaces que vous proférez sont vides de sens, et vous perdrez ainsi le peu de respect et de crainte que l'on vous porte encore dans la région.
Donald Trump vit dans sa propre réalité, dont le lien avec la réalité sur le terrain est purement fortuit. Il raconte à tout le monde que les Iraniens le supplient de signer un accord avec eux, alors que lui et son administration sont ceux qui transmettent détresse et désespoir dans le but d'obtenir un accord qui laissera la question iranienne derrière. Il raconte qu'il exigera des Saoudiens qu'ils rejoignent les Accords d'Abraham en échange du projet nucléaire qu'il est sur le point de leur accorder, et il oublie seulement de dire que l'accord avec les Saoudiens est déjà signé et conclu. Et ce qui n'est pas moins grave, ce sont les explications de Donald Trump sur les changements fréquents et erratiques de sa politique, parfois des changements à 180 degrés. Tout cela, comme on le sait, est le fruit de ses humeurs changeantes ainsi que du côté par lequel il se lève le matin.
On pourrait ricaner des déclarations de Donald Trump — quand dans une même phrase il dit souvent une chose et son contraire — si leur conclusion n'était pas si triste et aussi dangereuse. Quand on commence à traiter le président des États-Unis comme une blague, c'est certainement un sujet d'inquiétude, et surtout pour Israël. Après tout, le soutien américain est un pilier fondamental de notre puissance, et quelqu'un dans la région pourrait encore prendre au sérieux l'humiliation presque quotidienne qu'il nous fait subir.
La déclaration de Donald Trump selon laquelle Israël fait exactement ce qu'il nous dit de faire, ou que s'il décide d'entrer en guerre contre l'Iran, Israël s'y joindra en deux minutes, sont des déclarations qui rabaissent et transforment Israël en une république bananière qui répond « amen » à la voix de son maître. C'est non seulement insultant mais aussi nuisible, car toute la région voit les scènes et entend les voix et en tire la conclusion évidente qu'il est possible et souhaitable, avec la bénédiction de Donald Trump, de frapper Israël.
De tout cela, une conclusion émerge. Le salut ne viendra pas de Donald Trump, et il faut se préparer à une situation dans laquelle Israël devra faire face seul aux défis sécuritaires à sa porte ainsi qu'aux surprises et aux diktats de Donald Trump, voir l'exigence de se retirer en Syrie, au Liban et à Gaza.
Comme Donald Trump ne veut pas de guerre avec l'Iran — et même s'il entame un nouveau cycle de confrontation, tout son objectif est de le ramener à la table des négociations — ce serait une erreur pour Israël de se laisser entraîner par un effet pavlovien derrière chaque mouvement américain qui ne nous servira pas nécessairement mais nous nuira et nous affaiblira. Après tout, un cycle de confrontation avec l'Iran qui se termine comme les précédents par un accord douteux ou un autre — n'améliorera certainement pas notre situation.
Et peut-être devrions-nous aussi comprendre, comme les Iraniens l'ont compris depuis longtemps, que Donald Trump a une date de péremption, et qu'il faut gagner du temps jusqu'à cette date et se préparer au « jour d'après ».