La transformation de Teva : de la quasi-faillite à la croissance biopharmaceutique
Une décennie après une crise financière majeure, Teva réalise son redressement sous la houlette de Richard Francis, passant aux actions ordinaires au NYSE et renforçant son portefeuille biopharmaceutique.

Lors du premier jour de trading de l'année 5787, Richard Francis s'est tenu sur le célèbre balcon de la Bourse de New York, entouré de cadres dirigeants de Teva, pour sonner la cloche d'ouverture de l'action du géant pharmaceutique israélien. Le passage d'un certificat de dépôt américain (ADS) à Tel-Aviv à des actions ordinaires à la Bourse de New York peut sembler technique, mais il revêt une importance commerciale, financière et hautement symbolique.
Teva 2026 est bien loin de l'entreprise qui fut l'« action du peuple » israélien pendant des décennies, avant de devenir la « déception du peuple » en 2016. À cette époque, en l'espace de deux ans, et avant l'arrivée de Kare Schultz en tant que sauveur et PDG, Teva avait perdu plus de 80 % de sa valeur. Aujourd'hui, l'entreprise marque exactement une décennie depuis la crise grave qui a failli provoquer son effondrement total.
Entrée dans les indices américains et investisseurs institutionnels
Bien que Teva n'ait pas encore retrouvé sa capitalisation boursière record de près de 70 milliards de dollars et ses ventes de 21 milliards de dollars, pour la première fois en dix ans, son avenir est prometteur. Le passage aux actions ordinaires permet à l'entreprise de séduire de nombreux investisseurs institutionnels américains dont le règlement intérieur interdisait la détention d'ADS. De plus, Teva peut désormais intégrer de grands indices boursiers.
Comme l'a formulé Eli Kalif, directeur financier de Teva : « Il n'y a aucune raison pour que Teva n'entre pas dans l'indice Russell 1000, et si notre valorisation continue de progresser, peut-être même dans le S&P 500. Nous recevons de plus en plus de sollicitations d'investisseurs désireux d'entendre l'histoire de Teva. »
Une valeur multipliée par quatre en cinq ans
Au cours des cinq dernières années, l'action Teva a accompli un bond de près de quatre fois, passant de 10 dollars à 38 dollars aujourd'hui, la majeure partie de la hausse s'étant produite sous la direction de Richard Francis. Teva surperforme les marchés avec un rendement positif de 25 % depuis le début de l'année 2006, et a regagné son statut de société israélienne la plus valorisée (hors Palo Alto Networks) avec une capitalisation d'environ 45 milliards de dollars (140 milliards de shekels).
Malgré ce bond spectaculaire, Teva n'occupe plus la place unique qu'elle avait dans le cœur des investisseurs particuliers israéliens, qui privilégient aujourd'hui les secteurs bancaire, énergétique, de la défense et des semi-conducteurs. Teva modèle 2026 se positionne désormais comme une entreprise biopharmaceutique allégée, recentrée et libérée de son fardeau de la dette.
La stratégie « Pivot to Growth »
Richard Francis a rapidement diagnostiqué les maux chroniques de Teva, grâce à son expérience passée à la tête de Sandoz. Moins de six mois après son arrivée, il a formulé la stratégie « Pivot to Growth ». Contrairement aux plans stratégiques traditionnels qui restent lettre morte, il applique rigoureusement chaque point de son programme.
Le cœur de cette stratégie réside dans la concentration. Pendant des années, Teva a dépendu excessivement du Copaxone, un traitement contre la sclérose en plaques hautement lucratif. Rétrospectivement, cette manne financière s'est avérée être un piège, permettant aux dirigeants successifs d'acheter massivement des sociétés de génériques pour stimuler artificiellement la croissance sans structurer l'avenir.
Réduction de la dette et refinancement
Contrairement à ses prédécesseurs qui ont dû faire face à des litiges juridiques massifs et à une dette colossale — notamment le scandale des opioïdes géré par Kare Schultz —, Francis a hérité d'une entreprise stabilisée. Schultz s'est attaché à éteindre les incendies opérationnels et à rembourser les dettes.
Aujourd'hui, pour la première fois depuis une décennie, Teva ne croule plus sous les dettes, ce qui s'est traduit par des relèvements de notation par toutes les grandes agences. Les obligations de Teva bénéficient désormais d'une notation de qualité d'investissement, lui permettant de lever 4.9 milliards de dollars pour refinancer sa dette ancienne à des taux avantageux.
Un portefeuille de biopharmacie innovant
Outre les génériques et les médicaments biosimilaires tels que Truxima, Herzuma et Simlandi, Teva mise massivement sur l'innovation. L'Austedo, traitement de la dyskinésie tardive, devrait atteindre 2.5 milliards de dollars de ventes en 2027. L'Ajovy, traitement de la migraine, vise le milliard de dollars. Par ailleurs, Teva déploie sa thérapie combinée pour la schizophrénie, ciblant 2 milliards de dollars de revenus potentiels.
« En termes pharmaceutiques, la valorisation de Teva est basse, et il existe un potentiel considérable de création de valeur. Le marché apprécie Francis, et l'action pourrait doubler d'ici trois ans », souligne un expert des marchés financiers.
Avec des molécules prometteuses comme le duvakitug pour la colite — entrant en phase 3 d'essais cliniques en partenariat avec Sanofi — Teva s'impose durablement comme un leader biopharmaceutique mondial.





