Plâtrage constitutionnel
La loi empêchant une personne mise en examen de servir comme Premier ministre n'est qu'une couverture temporaire. Seul un mécanisme équilibré, garantissant l'immunité contre les allégations de persécution, renforcera les fondements du régime.

Tout comme les scilles maritimes annoncent l'arrivée de l'automne, les promesses de légiférer sur la « loi sur l'inculpé », qui empêcherait une personne mise en examen de servir comme Premier ministre, signalent l'approche des élections. Depuis la décision de déposer l'acte d'accusation contre Benyamin Nétanyahou en 2019, il s'agit d'un rituel politique constant, piégé dans une guerre de tranchées passionnée entre les partisans de Nétanyahou et ses opposants. Les premiers y voient un complot pour l'évincer, les seconds le seul moyen d'échapper à son emprise.
Si nous retirons cette enveloppe agitée, nous découvrirons qu'en dessous se cache un réel danger architectural pour la stabilité de notre structure démocratique. D'un côté, les poids placés contre la loi sont très lourds. Sur le plan démocratique, bloquer un candidat est une expropriation violente du pouvoir de choix du public. Sur le plan constitutionnel, c'est un écrasement de la présomption d'innocence et l'imposition d'une punition drastique basée sur des hypothèses qui n'ont pas encore passé le creuset du tribunal. Surtout, un danger structurel bien plus grave plane : donner une clé à molette aussi puissante à un seul fonctionnaire — le conseiller juridique du gouvernement — lui permettant de dissoudre des gouvernements d'un trait de plume signé, est désastreux. C'est précisément la raison pour laquelle la majorité absolue des démocraties occidentales refusent d'introduire un tel « cheval de Troie » dans leurs systèmes juridiques. Elles sacralisent la volonté du peuple et la présomption d'innocence, ne traçant la ligne qu'après une condamnation définitive assortie d'une infamie morale, ou laissant la question de la destitution à des mécanismes politiques transparents au sein du Parlement.
D'un autre côté, on ne peut ignorer le prix lourd lié au maintien d'un tel vide législatif qui menace de fissurer les fondations de toute la maison. La démocratie n'est pas seulement un dessin d'ingénierie froid basé sur le comptage des bulletins de vote. Elle perdure grâce au ciment invisible de la confiance du public dans l'intégrité de ses institutions. La possibilité qu'un prévenu pénal nomme ses juges et contrôle les systèmes d'application de la loi qui l'enquêtent crée un conflit d'intérêts quotidien et intégré qui conduit à une corrosion massive, érodant la croyance que le gouvernement agit pour le bien public. Certains soutiennent que dans la plupart des pays occidentaux, il n'y a pas besoin d'une telle loi simplement parce que leurs murs de soutènement culturels ne permettent pas à un politicien accusé de crimes de ne pas démissionner de lui-même, afin de ne pas entraîner son pays dans l'abîme. Dans une réalité où ces murs de soutènement n'existent pas, il n'y a pas d'autre choix que de légiférer.
Pour échapper à ce piège, nous devons cesser de chercher des engins de chantier lourds pour construire une solution infrastructurelle et trouver plutôt ce composant d'ingénierie capable d'absorber les chocs et de maintenir la stabilité de la structure sans accorder un pouvoir destructeur à la bureaucratie. Par exemple, sous la forme d'un conseil public, entre les mains duquel serait confiée la clé de l'activation de la « loi sur l'inculpé ». Un conseil composé, par exemple, du président de l'État, de juristes seniors à la retraite et de personnalités publiques jouissant de la confiance tant de la coalition que de l'opposition. Le parquet lui présenterait la base probante lors d'une audience à huis clos, et ce n'est que si une majorité des membres du conseil est convaincue que les fondements de l'acte d'accusation sont solides et qu'il n'y a pas de contamination politique ou de motif ultérieur que la loi serait activée.
Le modèle exact est sujet à discussion architecturale, mais le principe structurel est clair : une démocratie qui souhaite vivre ne peut se permettre de gérer un pays depuis le banc des accusés, mais elle ne peut pas non plus permettre une bureaucratie qui renverse des gouvernements de sa propre volonté. De tels mécanismes font partie de l'architecture de gouvernance dans de nombreux pays. Aux États-Unis, le procureur est tenu d'obtenir l'approbation d'un grand jury, et dans les affaires politiques sensibles, un procureur spécial et indépendant est nommé. En France, il existe une instance spéciale qui combine trois juges de la Cour suprême avec 12 membres du Parlement issus de la coalition et de l'opposition. Ce ne sont là que quelques exemples.
Les tentatives de légiférer sur la « loi sur l'inculpé » telle quelle, ou alternativement de perpétuer le statu quo, ne sont rien d'autre qu'un plâtrage temporaire des murs qui laisse l'échec d'ingénierie intact. Seule l'adoption d'une architecture équilibrée, qui conférera au processus pénal une légitimité démocratique et une immunité contre les allégations de persécution, renforcera les fondements du régime et construira une construction résistante aux chocs qui ne se fissurera pas face aux tempêtes de l'heure, et permettra aux scilles des prochaines élections de fleurir en toute sécurité en leur temps.



