Un accord de 2002 refait surface dans la bataille judiciaire autour d'Hermès
Un document de 2002 révèle que LVMH a signé un accord pour acheter des actions Hermès au gestionnaire de patrimoine de l'héritier Nicolas Puech, relançant les interrogations juridiques.

Six pour cent des actions d'Hermès valent aujourd'hui environ 10 milliards de dollars. Pour Nicolas Puech, l'un des héritiers de la famille fondatrice de la maison de luxe française, il s'agit d'une fortune qui, selon lui, lui appartenait — jusqu'à ce qu'il découvre que les titres n'y étaient plus. Puech affirme n'avoir réalisé qu'en 2022 que les actions qu'il détenait chez Hermès n'étaient plus en sa possession. Depuis lors, des procédures judiciaires sont en cours pour déterminer ce qui leur est arrivé, qui les a vendues et où l'argent est allé. Désormais, un document datant de plus de deux décennies vient s'ajouter à ce mystère.
Selon des documents révélés par Reuters, LVMH a signé en novembre 2002 un accord visant à acquérir des millions d'actions Hermès auprès de Puech et d'autres héritiers. LVMH soutient que l'accord n'a pas été exécuté et qu'elle n'a pas réussi à vérifier si Puech avait réellement habilité son gestionnaire de patrimoine à vendre les titres. Cependant, ce document revêt une importance particulière à la lumière des événements qui ont suivi : LVMH a secrètement constitué une participation massive dans Hermès, atteignant à son pic plus de 23 % de l'entreprise.
Un accord de 2002 au cœur de l'affaire
Le document a été signé en novembre 2002 entre Pierre Godé, l'un des plus proches collaborateurs de Bernard Arnault chez LVMH pendant des années, et Éric Freymond, le gestionnaire de patrimoine de Puech. L'accord portait sur l'acquisition de millions d'actions Hermès détenues par Puech et d'autres héritiers de la famille fondatrice.
C'est un détail significatif également en raison de la position adoptée par LVMH dans la procédure judiciaire en cours. Dans un mémoire soumis au tribunal en juin, l'entreprise a affirmé qu'elle n'avait jamais eu l'intention d'acquérir la participation de Puech dans Hermès. Selon sa version, le plan à l'époque était plutôt de le convaincre de rejoindre un groupe d'actionnaires capable d'influencer la société.
Des millions versés au gestionnaire de patrimoine
L'accord n'était pas le seul lien financier entre les parties. LVMH et la société holding de la famille Arnault ont versé au cabinet de gestion de patrimoine de Freymond au moins 20 millions de dollars en commissions et paiements entre 2001 et 2009, période durant laquelle il a aidé LVMH à acquérir des actions Hermès.
Cette relation s'est finalement retrouvée devant les tribunaux. En 2016, Freymond a poursuivi LVMH en justice, arguant qu'il n'avait pas reçu une rémunération suffisante pour son aide. Le différend s'est réglé en 2019 par un accord aux termes duquel LVMH a accepté de lui verser 10 millions d'euros supplémentaires.
De la participation cachée à un empire d'actions
En octobre 2010, le moment est venu où la manœuvre a été révélée au grand jour. Bernard Arnault a annoncé que LVMH détenait déjà environ 17 % d'Hermès. Pour la famille Hermès, cela a été une surprise considérable : l'un des plus grands groupes de luxe au monde devenait un actionnaire central de l'entreprise familiale à l'insu de cette dernière.
L'entrée de LVMH dans le capital d'Hermès a été perçue par la famille comme une menace pour son indépendance. Le conflit s'est intensifié au fil des ans jusqu'à un accord conclu en septembre 2014, dans lequel LVMH s'engageait à distribuer ses actions Hermès à ses actionnaires et à ne pas en racheter pendant cinq ans.
L'héritier qui a découvert la disparition des titres
Puech a continué pendant des années à croire que les actions Hermès dont il avait héritées étaient toujours conservées pour son compte. Selon lui, ce n'est qu'en 2022, après avoir rompu les liens avec Freymond, qu'il a compris que les titres avaient disparu. Cette participation d'environ 6 % représente aujourd'hui une valeur d'environ 10 milliards de dollars.
Cette découverte a entraîné une série de procédures judiciaires, Puech exigeant 14 milliards d'euros de dommages et intérêts. Bien que l'accord de 2002 ne fournisse pas de preuve définitive que les actions de Puech ont fini chez LVMH, il démontre qu'au moment où le groupe entamait sa percée, il disposait d'un canal contractuel direct avec le gestionnaire de patrimoine de l'héritier.





