Le prix du poulet a bondi de 30 % en cinq ans : l'État bloque les importations
Le ministère de l'Agriculture a annulé l'autorisation d'importation de poulet du Brésil accordée à la société Baladi six mois plus tôt. Ce revirement constitue un coup dur financier pour l'entreprise et maintient les consommateurs face à des prix élevés, en hausse de 30 % sur cinq ans.

Six mois seulement après avoir autorisé la société alimentaire Baladi à importer du poulet du Brésil, le ministère de l'Agriculture est revenu sur sa décision et a gelé le processus. Comme révélé dans Globes, le nouveau directeur des services vétérinaires, le Dr Sergio Dolev, a publié une lettre officielle annulant la décision de son prédécesseur, invoquant un manque de surveillance suffisante du processus de cacherout dans l'usine brésilienne.
Pour Baladi, contrôlée par Erez Dahabani, il s'agit d'un coup financier sévère. L'entreprise comptait sur les importations brésiliennes comme moteur de croissance, tablant sur une augmentation de ses revenus de 10 à 15 % par an, soit environ 400 millions de shekels.
Pour le consommateur israélien, c'est également une mauvaise nouvelle : sur un marché au chiffre d'affaires de 20 milliards de shekels dominé par de puissants éleveurs, cette mesure devait permettre de freiner les prix du poulet, qui ont bondi d'environ 30 % ces dernières années.
Contexte du marché
Les données du ministère de l'Agriculture montrent qu'Israël est l'un des leaders mondiaux de la consommation de poulet, avec environ 49 kg par habitant en 2024. Environ 590 éleveurs opèrent localement, pour un volume de ventes annuel dépassant le demi-million de tonnes.
Le marché israélien fonctionne selon un modèle d'intégration où les grands abattoirs contrôlent la chaîne de production et de commercialisation. L'ouverture aux importations à bas prix a été perçue comme une menace pour ce modèle, entraînant des pressions sur les services vétérinaires pour retirer l'autorisation.
À titre de comparaison, un kilo de filets de poulet (pargiyot) coûte environ 70 shekels en Israël, soit souvent trois fois le prix mondial. Selon une étude de la Knesset, l'indice des prix à la consommation des produits avicoles a augmenté de 30 % en cinq ans, contre 20 % pour le bœuf et 18 % pour le poisson.
Batailles juridiques et réglementaires
Après que Baladi a déposé un recours, l'autorisation a été accordée le 15 juin, juste avant l'audience. Le lendemain, le directeur des services vétérinaires de l'époque, le Dr Tamir Goshen, a démissionné. Parallèlement, Baladi conteste devant la Haute Cour de justice les procédures du Grand Rabbinat concernant l'abattage casher à l'étranger ; une décision est attendue le 18 novembre.
Baladi soutient que la production dans un pays aux matières premières moins coûteuses permettrait de réduire les coûts pour le consommateur. De son côté, le Contrôleur de l'État examine les circonstances ayant mené à l'autorisation initiale.
Le Dr Dolev a également soulevé des préoccupations concernant le bien-être animal lors de l'abattage, rejoignant les arguments avancés par plusieurs pays européens pour annuler leurs importations en provenance du Brésil.
Impact boursier
Depuis son introduction en bourse il y a deux ans, l'action Baladi a souffert de plusieurs rapports négatifs, enregistrant une chute de 16 % suite à l'annulation de l'importation. L'entreprise avait investi 21 millions de shekels dans une usine dédiée à Carapo, au Brésil, déjà approuvée pour l'exportation vers d'autres marchés comme le Japon.
L'Union européenne durcit également ses règles : à partir du 3 septembre 2026, elle prévoit de restreindre l'importation de la plupart des produits d'origine animale du Brésil en raison de l'utilisation de substances antimicrobiennes.
Le ministère de l'Agriculture a déclaré : « À ce stade, l'usine brésilienne a été retirée de la liste des établissements approuvés. Nous continuerons à travailler pour élargir nos sources d'importation, sans toutefois faire de compromis sur la sécurité alimentaire ou le bien-être animal. »





