Le plus grand projet de construction de l'histoire du Danemark : une péninsule artificielle pour 35 000 personnes
La pénurie de logements à Copenhague a conduit les autorités à créer la péninsule artificielle de Lynetteholm. En asséchant des zones peu profondes avec de la terre provenant de chantiers, le projet vise à résoudre la crise du logement tout en protégeant la ville de la montée des eaux.

Il s'agit du plus grand projet de construction de l'histoire du Danemark. Chaque jour, 350 camions déversent de la terre dans ce qui était autrefois une partie du port de Copenhague. Les travaux ont débuté il y a cinq ans et se poursuivront à ce rythme jusqu'en 2050. L'objectif est d'assécher les zones peu profondes pour créer un nouvel espace urbain appelé Lynetteholm.
Le calendrier est ambitieux : la construction a commencé au début de la décennie et s'achèvera vers 2070. À terme, le site accueillera des logements pour 35 000 personnes ainsi que des bureaux pour un nombre équivalent de travailleurs. L'infrastructure comprendra des routes, un tunnel et une station de métro, faisant de ce projet l'un des exemples les plus marquants d'expansion urbaine sur la mer en Europe.
Présenté en 2018 par le gouvernement danois et la municipalité de Copenhague, le projet est piloté par la société municipale By & Havn. Il répond à trois enjeux majeurs : la pénurie de logements, la protection contre les inondations liées au réchauffement climatique et la gestion des excédents de terre issus des chantiers de la capitale.
L'intérêt européen
L'Europe observe le projet danois avec attention. Face à la montée du niveau de la mer, des pays comme les Pays-Bas et la Suède étudient ce modèle. Le projet a été conçu pour être économiquement viable, le gouvernement ayant initialement prévu de le financer via des redevances versées par les promoteurs pour l'évacuation des terres. Bien que les projections financières aient évolué, le budget estimé reste relativement modeste, s'élevant à environ 4,2 milliards de couronnes danoises (560 millions d'euros).
Le projet se distingue également par une forte implication publique : la société de développement appartient à 95 % à la municipalité de Copenhague et à 5 % à l'État danois. Les Danois estiment que le secteur public est le mieux placé pour mener de tels mégaprojets.
Progrès et débats écologiques
Des avancées significatives ont été réalisées, notamment avec la construction d'une digue en pierre de sept kilomètres délimitant la future péninsule. Les autorités continuent de renforcer cette structure pour protéger la ville des tempêtes, avec une base atteignant 65 mètres de large sur le fond marin.
Le projet suscite des inquiétudes chez les défenseurs de l'environnement, qui craignent des rejets de substances toxiques et une perturbation des courants du détroit de l'Øresund, ce qui pourrait nuire à l'écosystème de la mer Baltique. Toutefois, le retrait récent d'une partie centrale du recours en justice par une coalition d'associations écologistes constitue une victoire pour les promoteurs. Le mois dernier, le roi Frédéric X a personnellement posé une pierre commémorative sur la digue pour marquer l'achèvement de son tracé.
Malgré les critiques concernant l'accès au littoral et le paysage urbain, les responsables soulignent la priorité climatique du projet. « C'est avant tout un projet climatique », a récemment déclaré un représentant de By & Havn à la chaîne Arte, rappelant que Copenhague se situe à une altitude moyenne de seulement 2,5 mètres au-dessus du niveau de la mer.





