Le gouvernement mène à l’intifada

Si la troisième intifada se produit, elle sera différente des deux précédentes : ce sera la première à naître conformément à la vision du gouvernement d’Israël. Il y a ceux qui sèment le vent dans l’espoir de récolter la tempête. Ce qui indigne, c’est que Tsahal, le souverain légal dans les territoires, a la tête dans le sable.

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Le gouvernement mène à l’intifada
Photo : Ynet / צילום: דובר צה"ל

Je ne sais pas si les événements en Cisjordanie, le week-end dernier, sont une flambée qu’on peut contenir ou des coups de semonce de la troisième intifada. Le dispositif de sécurité d’Israël n’est pas particulièrement bon pour prédire les intifadas : la première, en 1987, il l’a refusée avec son arrogance, en refusant de la voir. Le romancier David Grossman est descendu sur le terrain, a vu et a averti—dans le « Temps jaune », la série d’articles qu’il a écrits—mais au niveau politique et au sein de Tsahal, on a préféré fermer les yeux.

Pour la deuxième intifada, en 2000, l’armée a été déployée, mais les préparatifs qui ont été faits n’ont pas beaucoup aidé lorsque la vague de terrorisme quotidien a submergé le pays. La troisième intifada, si elle se produit, sera différente des deux précédentes : ce sera la première à naître à l’initiative du gouvernement d’Israël et conformément à sa vision.

On accuse beaucoup le gouvernement actuel de manque d’initiative, d’immobilisme intellectuel et d’un défaut d’exécution. En ce qui concerne les Arabes, c’est une fausse faute. Le réveil renouvelé du Hezbollah au Liban a été initié par le gouvernement d’Israël. « Nous les avons attirés, nous les avons mis dans une nasse, et maintenant nous allons les éliminer définitivement », se sont vantés les ministres. C’était le signal de départ de l’attaque par drones qui a rendu la sécurité au Hezbollah, a causé un massacre inutile de nos combattants, a de nouveau secoué les habitants du Nord et a engendré des ordonnances restrictives de Trump et de son adjoint Vance.

Je ne suis pas sûr que Trump sache ce qu’il dit un bon jour, mais il n’y a aucun moyen d’interpréter ses propos autrement : soit vous faites tout ce que demande le président du Liban, soit j’ouvre une romance tumultueuse avec le Hezbollah. Voilà l’image d’ensemble.

Mon cœur est plein de respect pour chaque combattant et chaque combattante qui éliminent un terroriste du Hezbollah ou qui exposent un tunnel caché, mais la décision n’a pas été et ne sera pas entre leurs mains. Un jour viendra, et ils comprendront.

L’embarras au Liban est une petite affaire par rapport à ce qui se passe en Judée-Samarie. À la suite des affrontements du week-end dernier, trois récits se sont fixés en Israël : le premier, une promenade innocente de citoyens amoureux de la Terre d’Israël, interrompue par une attaque terroriste meurtrière ; le deuxième, la version militaire—une sortie de colons non coordonnée avec l’armée s’est heurtée à un rassemblement palestinien violent ; le troisième, un groupe de fauteurs de troubles juifs a envahi un village palestinien et s’est embrouillé.

Chacun des récits est diffusé lorsqu’il est emballé avec une exigence opérationnelle. « Il faut mener immédiatement une vaste opération militaire qui éliminera l’Autorité palestinienne et fixera des faits sur le terrain », dit Yossi Dagan, chef du conseil régional et shérif de Judée-Samarie. « Il faut créer une ferme sur chaque colline », dit Israel Katz ; « le ministre de la Défense doit placer les fauteurs de troubles juifs en détention administrative », dit Yair Lapid et les autres porte-parole de l’opposition.

Chaque camp dans la dispute juive interne adopte son propre récit. Chacun se raconte une histoire qui, dans le meilleur des cas, n’est vraie que partiellement. C’est comme ça que c’est pratique.

Je propose un quatrième récit : ni une promenade innocente, ni une attaque terroriste, ni une sortie non coordonnée, ni un groupe irresponsable de fauteurs de troubles. L’affrontement près de la ferme Gilad est un jalon parmi beaucoup d’autres, un chapitre dans la vision que le gouvernement d’Israël actuel a adoptée, en pratique : une vision religieuse, idéologique, politique, militaire.

Les voyageurs, comme les émeutiers dans les villages, sont des émissaires du gouvernement. Le gouvernement les nourrit, les protège contre la punition, les éloigne de l’armée et du Shin Bet et les comble de compliments. Ce sont l’armée de Yesha.

Le plan est complexe : il transforme des avant-postes illégaux en fermes illégales qui, par une décision du gouvernement, deviennent légales. Les fermes, avec l’aide de l’armée, prennent aux agriculteurs locaux leurs sources de subsistance. Les émeutes s’inscrivent dans la tendance : elles les forcent à fuir vers les villes, où ils seront sans-abri. Le transfert massif vers l’Est sera l’étape suivante. Si le nom est souhaité, il y aura une guerre, l’Armageddon, et après cela l’avènement du Messie.

Il y a ceux qui sèment le vent dans l’espoir de récolter la tempête. Ce qui indigne, c’est que Tsahal, le souverain légal dans les territoires, a la tête dans le sable : le gouvernement fait un pas historique, et au commandement central ils se couvrent en parlant d’incidents isolés—chacun une tragédie en soi. Toutes ces choses ont été dites ouvertement, par Bezalel Smotrich, ministre de Judée-Samarie dans le gouvernement de Netanyahu, et par d’autres.

Aux yeux des commandants de Tsahal, seul l’autre camp, le camp arabe, a une vision (et en effet, il en a une—et elle n’est pas moins sanglante et pas moins meurtrière que la vision du gouvernement actuel). Si le cycle violent du week-end dernier se prolonge jusqu’à une troisième intifada, Tsahal ne sera pas exempt de responsabilité pour le sang qui sera versé.

La mission du commandant du commandement est de protéger les Israéliens qui vivent dans la zone C, mais il a une mission antérieure, ancrée dans les lois de l’État et dans le droit international : être le souverain, imposer sa domination sur le territoire, garantir la sécurité de l’ensemble des résidents. C’est son devoir militaire, son devoir de commandement, son devoir légal ; c’est son travail—avec une kippa tricotée ou sans. Son obligation légale prime sur les injonctions des ministres et sur les rêves des rabbins.

Ses opinions politiques, s’il en a, ne sont pas pertinentes, pas plus que les battements de son cœur. À Avi Blot, le commandant du commandement, il ne reste que quelques mois avant sa retraite prévue, à la fin de l’année. C’est le moment pour lui de se ressaisir.

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