"Lanterns" veut être le "True Detective" des super-héros. Mais vouloir ne suffit pas

Après des années de transformations, le super-héros de DC revient dans une série qui tente de remplacer le spectacle cosmique par une enquête policière. Kyle Chandler et Aaron Pierre forment un duo contrasté, mais l'épisode pilote peine à convaincre. Toutefois, la présence de talents reconnus en coulisses incite à la patience.

YnetAuteur : Amir Bogen
Source
"Lanterns" veut être le "True Detective" des super-héros. Mais vouloir ne suffit pas
Photo : Ynet / צילום: באדיבות HBO מקס

Adapter des super-héros pour le petit écran et les transformer en série à succès est un défi complexe. Le point de départ est pourtant prometteur : des personnages familiers capables de susciter l'intérêt d'une vaste audience. Dans une industrie dépendante de la propriété intellectuelle, les écuries Marvel et DC Comics possèdent un héritage riche — de Spider-Man à Batman — qui encourage les fans à s'abonner aux plateformes de streaming. Mais les attentes élevées imposent des exigences narratives strictes.

Alors que le cinéma mise sur des spectacles de deux heures saturés d'effets spéciaux, la télévision exige de la complexité, des nuances et une dramaturgie étalée sur huit épisodes. L'ingrédient crucial ici est le mystère. Le producteur Greg Berlanti a relevé le défi en ramenant sur le devant de la scène Hal Jordan, commandant du district terrestre de la police intergalactique. Depuis son annonce en 2019, le projet a subi de multiples mutations, changements de showrunners et réorientations créatives. Le résultat, la série « Lanterns », dont le premier épisode a été diffusé cette semaine, s'avère malheureusement décevant.

À l'opposé du film « Green Lantern » de 2011 avec Ryan Reynolds, axé sur le vertige visuel, cette série privilégie une approche ancrée dans le réel. Le scénario s'inspire ouvertement de « True Detective » pour donner une dimension sérieuse au récit. Kyle Chandler incarne une version vieillie et amère de Hal Jordan, tandis qu'Aaron Pierre joue son stagiaire, John Stewart. La relation entre le mentor et la recrue constitue le cœur dramatique et comique de la série, rappelant la dynamique entre Don Quichotte et Sancho Panza, confrontés à des « moulins à vent » bien réels.

L'intrigue emmène les deux détectives à Rushville, dans le Nebraska, après une fusillade de masse. Jordan soupçonne une attaque extraterrestre, lançant ainsi l'enquête. Cependant, le pilote progresse lentement, manquant de tension et d'humour sophistiqué pour captiver pleinement le spectateur. Les bandes-annonces promettaient une lutte épique entre mondes et l'arrivée des « Manhunters », mais ces promesses ne se concrétisent pas dans ce premier épisode.

Malgré ce démarrage poussif, la série mérite une chance, ne serait-ce que pour la présence de Damon Lindelof à l'écriture. Son travail sur « The Leftovers » et « Watchmen » a prouvé sa capacité à fusionner super-héros et philosophie politique. On peut espérer que sous sa direction, ses partenaires d'écriture réussiront à dépasser les drames personnels pour tisser une intrigue complexe, mêlant enjeux géopolitiques et conspirations galactiques. S'il est difficile d'atteindre l'excellence de « Watchmen », l'ambition affichée par « Lanterns » justifie que l'on fasse preuve de patience pour le moment.

Dans la même rubrique