La naïveté comme voie : la paix est peut-être lointaine, mais il faut y aspirer
Le massacre du 7 octobre a éloigné la perspective d'un règlement avec les Palestiniens, mais ignorer les changements sur le terrain en Judée-Samarie rend la situation irréversible. Même si la paix semble lointaine, renoncer à chercher un accord ne ferait qu'alimenter le cycle de la violence.
Le massacre du 7 octobre a fait basculer le peuple vers la droite. Et bien qu'il soit possible qu'il n'y ait pas d'autre solution que de parvenir à un accord avec les Palestiniens, cette option est actuellement écartée. À l'exception d'un noyau dur de gauche, il n'y a pas de soutien large à l'idée des deux États. La confiance a été perdue et devra être reconstruite ; l'autre partie doit prouver que son intention est de vivre à nos côtés et non de nous frapper.
Parallèlement à cela, il faut regarder la vérité en face et dire haut et fort que des efforts considérables sont déployés par l'aile extrême droite de la coalition actuelle pour rendre la situation en Judée et Samarie irréversible. Les fermes, devenues un nom édulcoré pour les avant-postes, à travers tout le territoire, ont un seul but : empêcher la continuité territoriale palestinienne. S'installer et séparer — c'est l'objectif suprême. S'accrocher à la terre à différents endroits et séparer les villages palestiniens afin qu'un État palestinien ne puisse jamais être établi.
Il y a quelques années, j'ai visité la Judée et la Samarie accompagné de membres du Conseil de Yesha. Une visite fascinante et instructive, à la fin de laquelle j'ai dit, déjà à l'époque, que la situation sur le terrain était presque irréversible. Récemment, j'ai reçu des rapports et des photos indiquant que les noms des villages arabes en Judée et Samarie sont retirés des grands panneaux de signalisation. Il y a de petits panneaux à l'entrée de chaque village. À mon avis, d'ailleurs, cela ne changera pas leur conscience, cela ne fera qu'accroître leur colère et leur désir de vengeance.
Et le territoire bouillonne. Friction sans fin entre les colons juifs et les Palestiniens vivant dans la zone C. Le Premier ministre Benyamin Nétanyahou a déclaré qu'il s'agissait de 150 adolescents égarés. Il a minimisé leur nombre, car il ne s'agit pas seulement de jeunes des collines avides de bataille. Le chef d'état-major Eyal Zamir a donné l'instruction d'empêcher les frictions entre eux et la population locale. Il l'a dit. Le terrain a ses propres lois.
La situation est explosive et dangereuse. Déjà aujourd'hui, 26 bataillons sont stationnés dans la région de Judée et Samarie, tandis que Tsahal est étiré sur quatre autres secteurs — l'Iran, qui n'a pas encore dit son dernier mot dans le cycle actuel, Gaza, le Liban et la frontière syrienne.
La conduite, y compris celle des dirigeants des colons, frise l'irresponsabilité envers l'armée en général et les citoyens d'Israël en particulier, car la poursuite de cette conduite pourrait mener à une troisième intifada. Il est vrai qu'il est de la responsabilité de l'armée et du Shin Bet d'empêcher une telle éruption — ce qu'ils font apparemment moins, car le fait est que la friction est devenue quotidienne. Mais la responsabilité incombe également aux dirigeants publics en Judée et Samarie ainsi qu'au Premier ministre et à ses ministres de condamner ce qui s'y fait.
Il vaut la peine de se rappeler que même la possibilité d'accords, même si c'est dans un certain nombre d'années, est une option qu'une partie non négligeable du public soutient.
Il vaut la peine de tourner le regard vers la Syrie, où le président syrien Al-Shara a déclaré qu'il travaillait à la conclusion d'un accord de sécurité avec Israël, et une fois celui-ci obtenu, de poursuivre vers un accord de paix. Des pourparlers avancés sont également en cours avec le Liban.
Il y aura ceux qui feront claquer leur langue devant ma naïveté de croire qu'il est possible de parvenir à la paix avec la Syrie et le Liban, et que cela rayonnera également sur la Judée et la Samarie. Je préfère qu'ils rient de ma naïveté, l'essentiel est que quelque chose bouge dans la direction de la paix et non du bain de sang.
Je préfère une paix froide avec l'Égypte et la Jordanie qu'un état de guerre aux frontières du pays.
Dans 22 ans, nous marquerons les 100 ans de l'indépendance d'Israël. Espérons que dans ces années, une aspiration à la paix sera enregistrée, et non à une guerre éternelle.