La guerre des pistaches : quand la pénurie d'eau devient un risque pour les investisseurs

Parallèlement à la confrontation géopolitique entre Washington et Téhéran, une « guerre des pistaches » se déroule, compliquée par la crise climatique. La pénurie d'eau et les conditions météorologiques extrêmes deviennent des facteurs de risque critiques pour les investisseurs.

CalcalistAuteur : Yuval Stav
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La guerre des pistaches : quand la pénurie d'eau devient un risque pour les investisseurs
Photo : Calcalist / צילום: איתן ריקליס

Lorsque l'on pense à la confrontation entre Washington et Téhéran, l'attention se porte généralement sur le programme nucléaire, le marché pétrolier ou le détroit d'Ormuz. Mais parallèlement aux sanctions et aux luttes géopolitiques, une autre compétition, beaucoup plus silencieuse et savoureuse, se déroule depuis des décennies : la guerre des pistaches.

Pendant des milliers d'années, la pistache a été identifiée à la Perse. L'Iran l'a cultivée, l'a exportée dans le monde entier et en a fait une partie de son identité agricole et culturelle. Cependant, au XXe siècle, les États-Unis ont commencé à développer leur propre industrie de la pistache, basée principalement en Californie. Au fil des ans, la concurrence agricole s'est transformée en une lutte commerciale incluant des sanctions, des droits de douane et des restrictions à l'importation. Aujourd'hui, les États-Unis sont une puissance mondiale de la pistache, et en 2025, ils ont même enregistré une récolte record.

Cependant, la guerre des pistaches n'est plus seulement une lutte entre deux pays. Un troisième acteur est entré dans l'arène : la crise climatique, qui change les règles du jeu. La culture des pistaches nécessite une combinaison délicate : un hiver suffisamment froid pour fournir aux arbres les « heures de refroidissement » nécessaires, un été chaud et sec, et un approvisionnement en eau important tout au long de la saison de croissance. Le réchauffement climatique perturbe cet équilibre.

En Iran, les principales zones de culture sont confrontées à l'épuisement des eaux souterraines, à la salinisation des sols et à la désertification. La Californie oscille entre sécheresses prolongées, vagues de chaleur et inondations, tandis que la surveillance de l'utilisation des eaux souterraines devient de plus en plus stricte. Du point de vue des investisseurs, il ne s'agit pas de scénarios environnementaux théoriques. Moins d'eau, des conditions climatiques extrêmes et une réglementation stricte se traduisent par des coûts plus élevés, des dommages aux récoltes, une volatilité des prix et des perturbations dans les chaînes d'approvisionnement. En d'autres termes, la crise climatique apparaît déjà dans la ligne des profits et pertes.

C'est là qu'intervient l'investissement responsable. Un investisseur examinant une entreprise dans les secteurs de l'agriculture, de l'alimentation ou de la vente au détail doit se demander dans quelle mesure ses activités dépendent de sources d'eau à risque, si elle mesure sa consommation d'eau et si elle investit dans l'irrigation de précision, le recyclage de l'eau et des variétés résistantes à la chaleur et à la salinité. Il doit également examiner si sa chaîne d'approvisionnement est diversifiée ou si elle repose sur une seule région exposée à une crise environnementale ou géopolitique. Une entreprise qui ne sait pas d'où proviennent ses matières premières, dans quelles conditions elles sont produites et comment ses fournisseurs se préparent au changement climatique n'est pas seulement moins responsable, elle est aussi plus exposée d'un point de vue commercial.

Mais les risques ne sont que la moitié du tableau. Pour les investisseurs, la crise de l'eau et du climat peut également être une source d'opportunités et de croissance. Les entreprises qui développent l'irrigation intelligente, les capteurs de sol et les systèmes de contrôle permettent aux agriculteurs de tirer le meilleur parti de chaque goutte d'eau. Les entreprises impliquées dans la détection des fuites, le traitement des eaux usées et la réutilisation de l'eau bénéficient d'une demande motivée par un besoin réel plutôt que par une mode passagère. Parallèlement, les entreprises de semences et d'agrotechnologie développent des variétés qui résistent mieux à la chaleur, à la sécheresse et à la salinité.

L'activité dans ces domaines ne garantit évidemment pas un rendement aux investisseurs. Elle indique toutefois des marchés bénéficiant d'un vent arrière à long terme : pénurie d'eau, réglementation environnementale et nécessité d'augmenter la production alimentaire dans un monde au climat changeant. Un investisseur responsable ne doit pas se contenter de demander quelle entreprise pourrait être touchée par la prochaine sécheresse. Il doit également demander qui vend les solutions qui permettront à l'économie d'y faire face.

C'est la leçon cachée dans la coquille de la pistache : dans un monde plus chaud et plus assoiffé, la gestion de l'eau, la résilience climatique et une chaîne d'approvisionnement responsable ne sont pas des questions secondaires. Ce sont des facteurs qui déterminent qui perdra de la valeur et qui pourrait transformer l'un des plus grands défis de l'époque en un moteur de croissance.

Yuval Stav est cofondateur et directeur de l'impact chez Value², une maison d'investissement responsable.

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