La fin de l'ère Mapaï : la campagne électorale prouve que c'est la nouvelle élite d'Israël
De Gadi Eisenkot au Likoud, tout le système politique tente de parler le langage « tricoté » à l'approche des prochaines élections. Au lieu de voir la fragmentation des voix comme une faiblesse, il faut comprendre qu'il s'agit d'un secteur qui ressent une responsabilité fatidique pour l'avenir du pays et qui est prêt à en payer le prix. Le sionisme religieux a accompli son destin historique, et c'est lui qui façonnera le visage de la prochaine génération.

Pendant de nombreuses décennies, la carte politique et sociale d'Israël était divisée de manière relativement claire : d'un côté, les « Mapaïniks » et l'ancienne élite, qui détenaient les centres de pouvoir, le système judiciaire, ainsi que les mécanismes de la culture et de la sécurité. De l'autre côté, les « autres » — le public mizrahi, haredi et sioniste religieux — qui tentaient de briser les murs et d'obtenir un pied-à-terre.
Cependant, au cours de la dernière décennie, et plus encore à l'approche des campagnes électorales complexes de ces dernières années, nous assistons à un profond changement tectonique dans la structure du pouvoir israélien.
Le sionisme religieux, autrefois un mouvement de « compagnons de route » ou un secteur concentré uniquement sur le peuplement du pays, est devenu le centre d'attraction politique et idéologique le plus important en Israël. La lutte sans compromis pour le cœur et le vote de l'électeur « tricoté » (porteur de kippa) est la preuve irréfutable que le sionisme religieux est la nouvelle élite de l'État d'Israël.
Un regard complet sur la carte politique révèle une image étonnante : tout le monde — de la droite, de la gauche et du centre — essaie de parler le langage « tricoté ». Ce n'est plus depuis longtemps une simple bataille interne entre Bezalel Smotrich et Itamar Ben Gvir pour le leadership de l'aile haredi-leumi et de la droite profonde. La lutte s'est étendue dans toutes les directions :
D'un côté, nous voyons des tentatives de personnalités comme Yoaz Hendel et Chili Tropper de créer des structures politiques qui font de l'œil au courant étatique-religieux et libéral — celui qui sent que la radicalisation politico-religieuse l'a poussé vers la sortie.
De l'autre côté, Benny Gantz et le Parti de l'unité nationale diffusent des valeurs qui résonnent directement dans les académies préparatoires pré-militaires, dans une tentative de contourner la droite traditionnelle par une conception de l'étatisme sécuritaire et du sionisme.
Devenus « l'arbitre »
Même au Likoud, ils comprennent que la base traditionnelle ne suffit plus, et ils se battent pour chaque voix sioniste religieuse contre des mouvements qui proposent une combinaison de libertarianisme, d'identité juive profonde et d'une vision nationale active. La question n'est plus de savoir pourquoi tout le monde se bat pour ce public, mais quelle est la signification profonde de cette réalité pour l'ensemble de la société israélienne.
La réponse est claire : la sociologie politique enseigne que le groupe qui donne le ton, le langage et le discours public est l'élite dans la pratique. Si, par le passé, le jeune sioniste religieux aspirait à s'intégrer dans l'armée de l'air, au bureau du procureur de l'État ou dans le milieu universitaire pour se sentir partie intégrante du consensus — aujourd'hui, tout le système politique et social s'aligne sur les valeurs, le langage et les besoins de ce secteur.
Le sionisme religieux est devenu « l'arbitre » incontesté : sans ces 12 à 15 mandats, répartis entre les différents courants et partis, il est impossible de former une coalition ou de créer un gouvernement stable.
De plus, la scission interne au sein du secteur n'indique pas une faiblesse ou une désintégration, mais plutôt une force immense. Elle prouve que le sionisme religieux n'est plus un groupe d'intérêt sectoriel étroit, mais reflète toute la société israélienne. Ses membres occupent désormais tous les postes clés : dans le haut commandement de Tsahal, dans l'industrie de la haute technologie, dans les médias, dans la fonction publique et dans le système judiciaire. Lorsque les politiciens se battent pour leur vote, ils ne se battent pas seulement pour des budgets sectoriels, mais aussi pour la question de la direction du pays et du façonnement de son caractère.
L'ancienne élite a été remplacée par un public qui ressent une responsabilité fatidique pour l'avenir du pays, et qui est prêt à supporter les coûts les plus lourds pour son existence — comme cela se reflète douloureusement et de manière proéminente dans les taux élevés de soldats tombés au combat et de combattants dans les campagnes d'Israël et les guerres récentes. La lutte politique pour le vote « tricoté » est une reconnaissance que le sionisme religieux constitue aujourd'hui le moteur idéologique et axé sur les valeurs de la société — qu'il s'agisse d'une vision libérale-juive, du concept de la Terre d'Israël entière ou de l'étatisme sécuritaire.
La lutte politique houleuse enseigne également que le sionisme religieux a accompli son destin historique : il n'est plus en marge — il est le cœur battant, il est le centre, et il est l'élite qui façonnera le visage de l'État d'Israël dans la prochaine génération. Quiconque réussira à décoder le code complexe du vote « tricoté », qui oscille entre le sacré et le profane, entre le livre et l'épée, et entre un nationalisme profond et l'étatisme — détiendra les clés du pouvoir.
Le Dr Nissim Katz est un expert en politique et en communication.



