La France au cœur d'une crise de la dette qui inquiète les marchés européens
La France est confrontée à une crise de la dette menaçante avec des taux à 10 ans à 4,54%, alimentés par un ratio d'endettement de 117% et des incertitudes politiques.

La France est devenue ces dernières semaines le visage européen d'une crise de la dette potentielle, le rendement de ses obligations souveraines à 10 ans ayant frôlé les 4,54%, un sommet inédit depuis près de deux décennies. Alors que de nombreux gouvernements mondiaux voient leurs coûts d'emprunt grimper, la deuxième économie de l'Union européenne mène cette tendance inquiétante avec un ratio dette sur PIB supérieur à 117%, une économie atone et une forte instabilité politique. Rien que le mois dernier, les rendements français ont bondi d'au moins 30 points de base, dépassant ceux de l'Italie et de la Grèce. L'année dernière, la France a consacré environ 70 milliards de dollars de son budget national au seul paiement des intérêts.
Les origines structurelles du déficit français
Les difficultés économiques de la France ne datent pas d'hier. Élu il y a près de dix ans sur la promesse de réformes structurelles pour stimuler la croissance, Emmanuel Macron a engagé des dépenses massives en creusant le déficit, tablant sur un retour sur investissement rapide. La pandémie de COVID-19 a ensuite poussé Paris à accroître sa dette de manière plus agressive que ses partenaires, suivie d'une flambée inflationniste. Contrairement à d'autres pays, la France a injecté des dizaines de milliards d'euros dans des subventions énergétiques, des aides directes et des baisses d'impôts pour amortir le choc du coût de la vie.
Lorsque le moment est venu de réduire la voilure, le président s'est retrouvé affaibli politiquement. L'année dernière, son quatrième Premier ministre, François Bayrou, a lutté sans succès pour imposer un budget limitant le déficit sous la barre des 5%. Il a exhorté une Assemblée nationale polarisée entre le Rassemblement national de Marine Le Pen et la coalition de gauche radicale de Jean-Luc Melenchon à faire preuve de responsabilité budgétaire.
« Une catastrophe de la dette dans un avenir proche », avait averti François Bayrou, soulignant que le refus de la population d'accepter les réformes des retraites et la rigueur budgétaire menait l'État vers l'impasse.
Incertitudes politiques et programmes populistes
Après la démission de Bayrou, le nouveau Premier ministre, Sebastien Lecornu, a officiellement abandonné l'objectif des 5% de déficit pour l'année prochaine. À titre de comparaison, les critères de Maastricht fixent la limite du déficit public à 3% du PIB et la dette publique à 60%, des seuils que la France ignore depuis plus de vingt ans.
À l'approche de l'élection présidentielle d'avril-mai, les deux favoris des sondages avancent des propositions économiques jugées intenables par les marchés. Marine Le Pen promet d'abaisser l'âge de départ à la retraite et de réduire la TVA sur les carburants de 20% à 5%, tandis que Jean-Luc Melenchon suggère un gel unilatéral du service de la dette détenue par la BCE. Ces programmes font redouter aux investisseurs une spirale de défaut de paiement.
La voie de sortie tracée par l'OCDE
Un rapport de l'OCDE préconise une réduction drastique des dépenses publiques, des réformes du marché du travail et le recul de l'âge de la retraite de deux ans au moins. En l'absence d'un sursaut de rigueur budgétaire de la part de la classe politique, le risque d'une crise majeure de la dette souveraine française continue de planer.





