Des chercheurs japonais extraient de l'ADN médico-légal de l'eau des baignoires

Une étude menée à Tokyo démontre qu'il est possible d'extraire des profils d'ADN humain de l'eau du bain, offrant un nouvel outil médico-légal pour enquêter sur les noyades.

MakoAuteur : Ksenia Zhorbel
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Des chercheurs japonais extraient de l'ADN médico-légal de l'eau des baignoires
Photo : Mako / צילום: Timothy Dykes, unsplash

L'ADN humain laisse des traces partout où nous passons, se détachant sous forme de cellules cutanées mortes, de gouttelettes de salive, sur les poignées de porte, les tasses et même dans l'air que nous respirons. Des décennies de recherche médico-légale ont démontré la difficulté d'échapper à notre empreinte génétique, mais aussi sa vulnérabilité dans les environnements ouverts. Une nouvelle étude menée par l'Université médicale des femmes de Tokyo explore une piste inédite et inattendue pour exploiter cette information génétique : l'eau du bain.

Enquêter sur les tragédies en milieu aquatique

Cette recherche est née d'un besoin pratique : l'enquête sur les cas de noyade. La noyade dans une baignoire est la deuxième cause de mortalité accidentelle par blessure au Japon. Si la plupart des cas relèvent d'accidents, les autorités doivent également traiter des homicides, des affaires de maltraitance infantile ou des situations ambigües où il est impossible de déterminer si la victime était seule. En l'absence de témoins, il est presque impossible de savoir qui se trouvait dans la salle de bains au moment du drame, ce qui a poussé les chercheurs à analyser l'eau elle-même.

Pour évaluer l'efficacité de la méthode, les chercheurs ont recueilli des échantillons d'eau auprès de onze volontaires s'étant baignés chez eux pendant des durées variables d'une, deux, cinq et dix minutes, avant de prélever deux litres d'eau. En outre, l'équipe a examiné des prélèvements issus de douze cas réels de noyade en baignoire, collectés par les enquêteurs médico-légaux peu après les faits. La concentration d'ADN étant infime, un protocole de concentration rigoureux s'est avéré nécessaire. L'eau a été filtrée à travers des membranes en fibre de verre chargées positivement, qui attirent et capturent efficacement les molécules d'ADN à charge négative. Ces filtres ont ensuite été enveloppés dans du papier aluminium et conservés à une température de moins 80 degrés Celsius pour éviter toute dégradation avant l'analyse en laboratoire.

Profilage génétique et amplification par PCR

L'analyse en laboratoire a reposé sur la méthode des STR (Short Tandem Repeats, ou répétitions en tandem courtes), la technique d'identification génétique standard utilisée en criminalistique depuis près de trente ans. Cette méthode exploite des régions du génome humain où de courtes séquences de nucléotides se répètent consécutivement. Le nombre de répétitions variant d'un individu à l'autre, leur combinaison sur plusieurs loci génomiques engendre une véritable signature biologique quasi unique.

Les échantillons médico-légaux typiques contiennent des quantités infimes d'ADN, parfois limitées à quelques cellules. C'est ici qu'intervient la technique de la PCR (réaction en chaîne par polymérase), récompensée par le prix Nobel de chimie en 1993 attribué à son inventeur, le biochimiste américain Kary Mullis. Grâce à des cycles de chauffage et de refroidissement, ainsi qu'à une enzyme de réplication, la PCR permet de multiplier par milliards des fragments d'ADN infimes afin d'obtenir un profil exploitable.

Le contexte des bains traditionnels japonais

Les résultats de l'étude se sont révélés prometteurs mais complexes. Après dix minutes d'immersion, les chercheurs ont pu obtenir un profil STR complet pour quatre des volontaires, la plupart des autres fournissant des profils partiels exploitables. De surcroît, les scientifiques ont analysé un cas où deux personnes partageaient simultanément le même bain, réussissant à extraire deux profils d'ADN distincts, l'un complet et l'autre partiel.

Pour bien comprendre ce phénomène, il convient d'examiner la structure du bain traditionnel japonais, l'ofuro. Ces baignoires très profondes sont conçues pour une immersion en position assise jusqu'aux épaules, généralement remplies d'eau particulièrement chaude. Les bains partagés – entre un parent et son enfant, ou entre une personne âgée et son aide-soignant – constituent une pratique courante au Japon. Une noyade dans un tel contexte peut résulter d'un accident, favorisé par la chute de tension et l'évanouissement dus à la chaleur, mais elle peut également dissimuler un acte criminel. Contrairement aux baignoires, les tentatives d'extraction d'ADN sur des victimes de noyade en piscine, en rivière ou en mer échouent généralement en raison des facteurs environnementaux tels que le chlore, les désinfectants et le rayonnement solaire.

Cependant, cette recherche met en lumière un obstacle majeur : la présence d'ADN résiduel provenant de baigneurs précédents, même avant l'entrée des volontaires dans l'eau. Cette particularité s'explique par l'habitude des familles japonaises d'utiliser consécutivement la même eau de bain sans la remplacer. Bien que cette pratique puisse surprendre en Occident, elle repose sur le principe rigoureux que le savon et le lavage corporel s'effectuent entièrement hors du bain, l'immersion n'intervenant qu'une fois le corps parfaitement propre dans un but exclusif de détente. Par conséquent, l'eau reste claire et est partagée successivement par les membres du foyer, ce qui génère fréquemment des profils génétiques mixtes. Les chercheurs avertissent donc que l'ADN extrait de l'eau du bain doit être considéré comme une preuve complémentaire et non comme une certitude absolue.

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