Une prépa militaire aide la jeunesse éthiopienne d'Israël à s'affirmer
Un soldat israélien d'origine éthiopienne a transformé des propos racistes au front en leçon d'histoire, illustrant le rôle crucial d'une mechina dédiée à l'identité de la communauté.

Au cœur des combats à Bint Jbeil, au Liban, un diplômé de la mechina (préparation militaire) « Derech Avot », qui sert au sein de la brigade Golani, a entendu un camarade de combat tenir des propos désobligeants à l'égard des soldats d'origine éthiopienne.
Le rabbin Lior Negasa, l'un des fondateurs de l'établissement, raconte que le jeune soldat s'est adressé à son commandant de compagnie pour demander l'autorisation de donner une conférence sur l'histoire de la communauté. Au cœur même du Liban, il a raconté à ses pairs l'épopée de l'alyah et le patrimoine des Juifs d'Éthiopie. À l'issue de cet échange, le soldat auteur des remarques dérogatoires est venu s'auprès de lui pour présenter ses excuses.
Pour le rabbin Negasa, cet événement illustre la transformation possible lorsque les jeunes découvrent leurs racines et s'affirment au sein de la société israélienne. Établie à Bnei Ra'am, « Derech Avot » est une antenne des institutions « Bnei David » d'Eli, fondées en 1988. Environ trente ans plus tard, des éducateurs d'origine éthiopienne ont ressenti le besoin de fonder un cadre combinant préparation militaire et reconnexion avec l'héritage des Beta Israel, notamment face aux crises identitaires exacerbées par les manifestations consécutives à la mort de Solomon Teka.
Surmonter la crise identitaire
Le rabbin Negasa décrit des jeunes s'éloignant des traditions familiales tout en peinant à trouver leur place dans la société. « D'un côté, nous nous sommes détachés de tout ce qui touche à notre héritage, à nos ancêtres et à notre histoire unique », déplore-t-il.
Au sein de la mechina, les étudiants étudient quotidiennement l'histoire, les coutumes et le sionisme des Juifs d'Éthiopie, parallèlement aux textes sacrés et à la préparation militaire. Parallèlement au programme pour garçons, une mechina pour jeunes filles accueille actuellement sa deuxième promotion avec un succès remarquable. Ce rattachement aux traditions intervient à un moment charnière, au moment où les jeunes s'apprêtent à quitter le foyer familial pour le service militaire.
Roi Shimon, étudiant en deuxième année, confie avec franchise son parcours personnel : « Il y a eu une période où j'avais honte de la couleur de ma peau. » Arrivé sans enthousiasme, son regard a changé grâce au soutien de son rabbin, Yishai Kavada, qui l'a encouragé à croire en ses capacités. Roi a ainsi découvert le plaisir d'étudier et de s'approprier son identité.
Transmettre la mémoire des familles
À travers le projet « Vehigadta Levincha », les étudiants se voient confier une mission intime : interviewer leurs parents pour documenter leur enfance et leur périple migratoire vers Israël. « J'écoute le récit de mes parents et je me dis qu'ils sont des héros », témoigne Roi.
Uri Aaron, originaire de Beer-Sheva et également étudiant en deuxième année, prévoyait initialement un séjour de courte durée avant son service militaire. Trois jours de cours ont suffi pour le convaincre de prolonger son engagement pour une année entière, avant de rempiler pour une seconde année tout en participant activement au recrutement. Pour lui, il y a urgence à recueillir ces témoignages précieux directement auprès de ceux qui les ont vécus.





