À Berlin, la gauche de Die Linke relance le projet de plafonnement des loyers
Le parti de gauche Die Linke s'apprête à diriger la nouvelle coalition à Berlin, relançant le plafonnement des loyers et la nationalisation de grands parcs immobiliers. Un programme ambitieux qui paralyse le marché local et inquiète les investisseurs.

Les propriétaires immobiliers à Berlin, y compris des milliers d'Israéliens attirés par ce marché florissant ces deux dernières décennies, se souviennent avec effroi de la réforme du plafonnement des loyers qui a secoué la capitale allemande il y a six ans. Cette mesure prévoyait une réduction arbitraire des loyers autorisés, un strict contrôle des contrats et des remboursements massifs aux locataires. Annulée par la Cour constitutionnelle fédérale de Karlsruhe un an après son entrée en vigueur, elle avait été abandonnée.
Aujourd'hui, le parti à l'origine de cette politique revient au premier plan. Lors des élections locales à Berlin, le parti de gauche Die Linke est devenu la formation la plus populaire de la capitale, recueillant près de 25 pour cent des voix. Die Linke a annoncé le succès de ses pourparlers exploratoires avec les Verts et les sociaux-démocrates en vue de former une coalition gouvernementale, cette fois sous sa direction.
Il s'agit d'une percée sans précédent pour cette formation issue de l'ancienne Allemagne de l'Est, connue pour ses positions radicales sur la défense, l'opposition à l'OTAN et ses critiques virulentes envers Israël. Lors d'une conférence de presse, Elif Arelp, promise au poste de maire de Berlin, arborait un collier portant l'inscription Mietendeckel, le nom de l'ancienne réforme des loyers.
Le projet phare de la nouvelle coalition prévoit la nationalisation des grands groupes immobiliers possédant plus de 10 000 logements, à savoir Vonovia, Adler, Heimstaden, Covivio et DVI. Die Linke et ses partenaires entendent racheter ces portefeuilles géants pour un montant maximal de 16 milliards d'euros, malgré les promesses du gouvernement fédéral de bloquer cette mesure par voie législative.
La coalition s'est également mise d'accord sur des mesures touchant les propriétaires privés. L'administration municipale accélérera l'achèvement du registre des contrats de location afin de garantir que les loyers ne dépassent pas le plafond réglementaire du Mietspiegel, fixé entre 7 et 9 euros le mètre carré, alors que les prix du marché atteignent souvent 15 à 20 euros le mètre carré.
Les autorités renforceront la lutte contre les locations de courte durée illégales et les failles juridiques concernant les meublés. Les propriétaires de portefeuilles de taille moyenne devront consacrer une partie de leurs biens aux foyers à faibles revenus d'ici le milieu de l'année prochaine. Par ailleurs, la municipalité ambitionne de délivrer des permis de construire pour 100 000 nouveaux logements abordables.
Le financement de ces projets suscite de vives inquiétudes alors que Berlin fait face à un déficit de 68 milliards d'euros et à des exigences de coupes budgétaires fédérales. La coalition prévoit de combler un manque à gagner de 5 milliards d'euros en contractant de nouvelles dettes et en augmentant la fiscalité, envisageant notamment de porter la taxe d'acquisition immobilière de six à huit pour cent.
Dans l'attente de ces bouleversements politiques, le marché immobilier berlinois est totalement paralysé. Les prix des logements ont déjà chuté de 20 pour cent au cours des deux dernières années, envoyant un signal clair aux investisseurs internationaux quant à la frilosité de la ville à leur égard.





