Arménie : le projet de corridor américain confronté aux thèses conspirationnistes
L'Arménie et l'Azerbaïdjan avancent sur le projet de corridor américain TRIPP, mais l'initiative fait face en Arménie à une opposition alimentée par des théories du complot antisémites.

L'Arménie et l'Azerbaïdjan progressent dans la mise en œuvre de l'initiative du président américain Donald Trump visant à ouvrir un corridor de transport stratégique, mais le projet suscite en Arménie une vive opposition mêlée de théories du complot à caractère antisémite. Au cœur du débat se trouve le projet TRIPP (Trump Route for International Peace and Prosperity), conçu pour relier l'Azerbaïdjan à l'enclave du Nakhitchevan en traversant le sud de l'Arménie le long de la frontière iranienne. Le 5 novembre, le gouvernement arménien a demandé la convocation d'une session parlementaire extraordinaire pour le 12 novembre afin d'adopter une législation permettant de créer la société mixte binationale, après l'approbation de l'accord par le Parlement le 28 octobre.
Si les critiques soulignent des préoccupations légitimes concernant la souveraineté nationale et les relations avec l'Iran, certaines figures de l'opposition et commentateurs pro-russes ont qualifié l'initiative de « projet juif » ourdi par le « lobby israélien ». L'ancien Premier ministre Khosrov Harutyunyan et le commentateur Artur Chakhikyan ont ainsi affirmé que des acteurs liés à Israël et à l'entourage de Donald Trump cherchaient à s'emparer de la région stratégique de Meghri. Or, les documents officiels indiquent que la société de développement sera détenue à 74 % par l'agence américaine DFC et à 26 % par l'Arménie, tout en reconnaissant explicitement la souveraineté d'Erevan.
D'autres analystes ont relayé des allégations non fondées concernant de prétendues bases militaires israéliennes au Haut-Karabagh et des ingérences secrètes. Ces récits font écho à des thèses complotistes déjà documentées par le Département d'État américain, qui attribuent régulièrement des bouleversements géopolitiques à des machinations occultes.
Alors que l'Arménie fait face à des choix déterminants pour son avenir institutionnel et sa sécurité, l'utilisation de rhétoriques antisémites détourne le débat public des véritables enjeux géopolitiques et menace d'alimenter des tensions au détriment de la cohésion nationale et de la minorité juive.




