Un rappel de la Banque d'Israël : le financement nécessite une source
Benyamin Nétanyahou souhaite augmenter le budget de la défense sur 13 ans sans préciser les sources de financement. Les experts alertent sur les risques de cette stratégie qui creuse la dette et le déficit.

Benyamin Nétanyahou veut être Donald Trump : il veut la guerre mais n'est pas prêt à la financer. Il a oublié un petit détail : ce qui est permis aux États-Unis n'est pas nécessairement permis à Israël. Le Premier ministre demande d'augmenter le budget de la défense et de l'ancrer pour 13 ans, sans dire un mot sur les sources de financement. C'est là le point, et non le montant. Tout cela à la veille des élections, alors que la Knesset est déjà en vacances.
Augmenter les dépenses de défense est une décision légitime. L'élu est en droit de décréter que la sécurité passe avant tout. Mais une telle décision exige une réponse : impôts ou coupes budgétaires ? Les deux options sont impopulaires à 81 jours des élections, c'est pourquoi une troisième a été choisie : le déficit, qui est en fait une dette. C'est le modèle de Trump, que Benyamin Nétanyahou a adopté depuis le coronavirus. Une politique qui produit un résultat immédiat transfère la facture à la prochaine législature.
La différence décisive est que les États-Unis émettent de la dette dans la monnaie de réserve mondiale. Israël est mesuré par une prime de risque, par le rendement de la dette et par sa notation de crédit. Le pays a déjà subi cinq déclassements, perdant entre un et trois crans. Chez deux des trois agences de notation, les perspectives sont « négatives », et elles ont averti qu'une détérioration supplémentaire entraînerait un nouveau déclassement. En Israël, transférer la facture vers l'avenir n'est pas gratuit ; elle est immédiatement tarifée.
La conduite du côté des revenus raconte la même histoire. La collecte des impôts a dépassé les prévisions, principalement en raison de revenus ponctuels (exits dans la high-tech). Au début de l'année, Betsalel Smotrich a décidé de diriger le « surplus » non pas vers la réduction du déficit ou le financement des dépenses de défense, mais vers des allégements fiscaux. Le gouvernement augmente simultanément les dépenses et renonce aux revenus. Il n'y a aucun moyen de combler cet écart autrement qu'en augmentant la dette.
La nouvelle décision ne fera qu'exacerber le problème de crédibilité. L'année dernière, le gouvernement a approuvé un plan ordonné d'ajouts budgétaires pour le système de défense (commission Nagel), mais moins de deux ans plus tard, ces chiffres ne sont plus pertinents. Si le cadre s'évapore en un an, c'est un point de départ pour des négociations, pas un plafond.
L'échelon professionnel du ministère des Finances, censé fixer la ligne rouge, n'est pas entendu. Le ministre des Finances est silencieux, un silence compréhensible quand il ne franchit le seuil électoral que par intermittence. Le contrôle interne des dépenses repose sur un mécanisme affaibli intentionnellement par Betsalel Smotrich. La Banque d'Israël, dont le rôle est de conseiller le gouvernement sur les questions économiques, n'était pas dans la pièce. La Banque n'a pas caché qu'elle n'était pas partenaire du processus de décision concernant l'ajout, ni sollicitée pour estimer la signification macroéconomique de cette mesure.
Le Premier ministre n'a pas besoin de l'approbation du gouverneur, mais une décision d'un montant de centaines de milliards de shekels est économique tout autant que sécuritaire. Au ministère des Finances, on dit que le chiffre exigé par le système de défense « change à chaque minute », tandis qu'à la Banque, on explique être encore en train d'« optimiser les chiffres ». Les deux organes chargés de tarifer la trajectoire fiscale d'Israël ne connaissent pas le coût de la décision déjà prise.
La Banque d'Israël a formulé la direction en une ligne sèche : « Toute augmentation de 10 milliards des dépenses (sans correction des revenus) entraînera une augmentation de 10 milliards de la dette ». Ce n'est pas une prévision mais un calcul. L'exercice politique de Benyamin Nétanyahou a une autre couche : c'est un piège tendu au prochain gouvernement. La nouvelle administration recevra un budget de la défense gonflé, un déficit croissant et une base fiscale réduite, l'obligeant à couper. Dès qu'elle coupera, l'infrastructure sera créée pour l'affirmation du bloc de Benyamin Nétanyahou selon laquelle le nouveau gouvernement a affaibli le système de défense. Ce n'est pas un effet secondaire, c'est son but.





