Stratégie au point mort : Israël gagne la bataille, mais perd la campagne politique | Avi Ashkenazi
Le plus gros problème d'Israël n'est pas ses capacités militaires, mais l'impasse politique. Israël n'est pas un pays qui mène des démarches politiques, il est entraîné par elles.
L'ancien Premier ministre Naftali Bennett a présenté mercredi le programme de sécurité de son parti. Il repose sur quatre questions majeures : le Qatar est un État ennemi, faire payer le prix à l'Iran pour toute action du Hezbollah au Liban, intégrer l'Égypte comme acteur central et médiateur pour la gestion de la bande de Gaza au lendemain du conflit, et introduire Tsahal dans le secteur arabe.
Bennett a d'autres plans et exigences pour l'appareil de sécurité concernant la Judée-Samarie, le Liban et la Syrie. Dans les prochains jours, jusqu'aux élections, d'autres programmes seront présentés par les différents partis et candidats.
Israël réussit à enregistrer des succès militaires. Sur la crête d'Ali al-Tahar au sud du Liban, les forces de la 36e division sont à l'œuvre. Dans la bande de Gaza, le Premier ministre Benyamin Nétanyahou a recommencé à autoriser Tsahal et le Shin Bet à mener des éliminations ciblées, sur la base d'une approbation individuelle préalable de l'échelon politique. Soit dit en passant, au cours de la semaine écoulée, le Premier ministre n'a pas approuvé quatre éliminations à Gaza pour des raisons politiques. L'évaluation est qu'Israël a l'intention de poursuivre les frappes, dans le cadre de la pression exercée sur le Hamas.
Concernant l'autre front qui s'échauffe, il a été suggéré hier dans certains médias du Moyen-Orient que la frappe sur l'aérodrome d'Abou al-Duhur dans la province d'Idlib, en Syrie, aurait pu conduire à une confrontation directe entre Israël et la Turquie. La vérité est qu'il s'agit d'une évaluation exagérée. La frappe a été effectuée alors que les trois pays — Israël, la Syrie et la Turquie — évoluaient dans un espace de déni, où chaque partie avait intérêt à ravaler sa salive et à se taire. Il est fort douteux que l'un des trois soit intéressé par une escalade.
Le chef d'état-major de Tsahal, le Rav-Alouf Eyal Zamir, lors d'une visite dans le secteur, a envoyé un message clair à la Syrie et à la Turquie :
« Nous voyons ce qui se passe et nous suivons les changements sur le front syrien ; nous ne permettrons pas aux forces hostiles de s'implanter à nos frontières et nous saurons utiliser notre puissance avec précision là où il le faut et quand il le faut ».
Le plus gros problème d'Israël n'est pas ses capacités militaires, mais l'impasse politique. Israël n'est pas un pays qui mène des démarches politiques, il est entraîné par elles. La paralysie politique a conduit Israël à une situation où ceux qui mènent les négociations à Gaza sont les Qataris et la Turquie. Israël doit rapprocher de lui l'Égypte, la Jordanie, l'Arabie saoudite et d'autres pays du Golfe. Ce n'est qu'ainsi qu'il est possible de construire des démarches pour consolider le pouvoir du Hamas.
Bien sûr, Israël doit continuer à éliminer tous ceux qui ont participé au massacre du 7 octobre. Mais cela ne contredit pas l'obligation d'agir simultanément sur la scène politique. Israël doit mener le renforcement du gouvernement libanais — militairement, économiquement et administrativement — avec l'aide de l'Arabie saoudite et de la France. Ces deux pays ont un intérêt au Liban qui n'est pas contraire à l'intérêt israélien.
En Syrie, Israël doit agir non seulement par la voie militaire, mais aussi par une voie politique. Ce n'est qu'ainsi qu'Israël pourra façonner, avec l'aide et grâce à ses succès militaires, un nouveau Moyen-Orient. La grande question est de savoir lequel des politiciens en lice pour diriger le pays construira le plan politique multi-fronts après les élections.



