"Sommes-nous des enseignants de seconde zone ?" : Le programme de "talents" qui secoue le ministère de l'Éducation
Le programme promu par le ministère des Finances et le ministère de l'Éducation, offrant de meilleures conditions salariales aux nouvelles recrues, suscite la colère des enseignants chevronnés. Ces derniers dénoncent une politique qui privilégie les candidats extérieurs au détriment de ceux qui servent le système depuis des années.

Le programme de "talents" promu par le ministère des Finances et le ministère de l'Éducation suscite la colère des enseignants chevronnés. Ces derniers craignent que la tentative d'attirer des professionnels de l'extérieur par le biais de meilleures conditions salariales ne crée deux classes au sein du corps enseignant : ceux qui ont suivi le parcours classique et accumulé des années d'expérience, et les nouveaux venus, recrutés via une voie spéciale avec un salaire plus élevé.
Dans des conversations avec Walla, les enseignants expliquent que, tout en comprenant la nécessité d'attirer des profils de qualité dans les domaines en pénurie, ils ont du mal à accepter que l'État soit prêt à ouvrir son portefeuille pour des candidats extérieurs, mais pas pour ceux qui sont déjà en poste.
"Un enseignant moyen gagne environ 14 000 shekels. Un nouvel enseignant selon le programme gagnera 19 000. Sommes-nous de seconde zone ?", s'interroge l'un d'eux. "Nous avons étudié, suivi une formation et accumulé de l'expérience. Maintenant, on nous dit que pour faire venir quelqu'un de l'extérieur, on peut payer beaucoup plus. Quel message cela nous envoie-t-il ?"
Selon eux, le débat ne porte pas sur le recrutement de profils de qualité, mais sur la méthode. "Si le ministère a conclu qu'il faut payer un salaire élevé pour attirer des experts, c'est excellent. Nous le disons depuis des années. Mais pourquoi cette logique ne s'applique-t-elle pas à ceux qui enseignent déjà ? Pourquoi faut-il venir de l'extérieur pour valoir plus ?"
"Peut-être devrais-je démissionner et revenir en tant que 'talent'"
Pour certains enseignants, le programme soulève une question absurde : le fait de quitter le ministère pourrait-il les rendre plus attractifs aux yeux de l'État ? "Je suis dans le système depuis dix ans, mais j'envisage sérieusement de démissionner pour essayer d'obtenir un contrat de 'talent'", confie un professeur de mathématiques. "J'ai une profession, de l'expérience, et je connais le système. Il n'est pas logique que nous investissions des années pour nous construire professionnellement, et qu'ensuite un enseignant extérieur vienne rafler le salaire élevé."
Les enseignants précisent que leur colère n'est pas dirigée contre les nouveaux collègues. "Si vous offrez de bonnes conditions à quelqu'un, il les prendra. La colère est dirigée contre l'État. Il dit en fait à l'employé existant : je t'ai déjà, donc je n'ai pas besoin de faire d'effort pour toi. Mais pour faire venir quelqu'un de nouveau, soudain, il y a de l'argent."
L'une des principales craintes est que ces écarts salariaux ne créent un sentiment d'inégalité. "Supposons que j'enseigne les mathématiques depuis dix ans et qu'à côté de moi se tienne une personne venant de la high-tech", explique un autre enseignant. "S'il reçoit beaucoup plus que moi simplement parce qu'il vient de l'extérieur, cela créera de la frustration." Les enseignants rappellent que l'enseignement ne se limite pas à la maîtrise d'une matière : il nécessite de savoir gérer une classe, travailler avec des élèves de niveaux variés et s'intégrer dans une équipe éducative.
"S'il y a de l'argent pour les talents, pourquoi n'y a-t-il pas d'argent pour retenir les enseignants ?"
Ce mécontentement survient dans un contexte d'épuisement professionnel. Pour les enseignants, le programme accentue une contradiction : l'État reconnaît que le salaire est un levier d'attractivité, mais ne l'utilise que pour les nouveaux employés. "Toutes ces années, on nous a dit qu'il n'y avait pas de budget. Et soudain, quand il faut faire venir des gens de l'extérieur, on crée une voie spéciale. Pourquoi n'y a-t-il pas d'argent pour retenir un excellent enseignant déjà en poste ?"
Le ministère des Finances rejette ces critiques. Un haut responsable a déclaré : "Je ne vois pas de discrimination ici. Les écarts salariaux basés sur l'ancienneté ou la profession existent déjà, donc récompenser différemment certains employés n'est pas nouveau." Le Trésor souligne qu'il s'agit d'un programme limité visant à donner au système éducatif plus de flexibilité pour pourvoir les postes difficiles, et non d'une voie d'emploi généralisée.
Cependant, une ambiguïté persiste sur le terrain : qui sera défini comme "talent", quelles professions seront incluses et quelle sera l'autorité des directeurs d'école ? Ces derniers ont confié à Walla qu'ils n'avaient reçu ni autorisation de recrutement ni instructions détaillées sur le fonctionnement de ce programme censé attirer des milliers d'enseignants.





