Smotrich joue avec la banque palestinienne - et met en danger les banques en Israël
Le blocage de la législation sur la compensation des paiements entre les banques israéliennes et palestiniennes n'est pas une question économique, mais une question de sécurité stratégique. En bloquant cette décision, le ministre des Finances Bezalel Smotrich transfère les risques de financement du terrorisme sur le secteur bancaire privé israélien.

Il existe une erreur qui se répète dans presque tous les rapports sur la crise des relations de correspondance bancaire avec les banques palestiniennes, et elle renverse toute l'histoire. L'erreur réside dans l'hypothèse selon laquelle la législation bloquée — destinée à permettre à une société publique d'effectuer la compensation et le transfert de paiements entre les banques palestiniennes et le système bancaire israélien, au lieu des banques Hapoalim et Discount — est une mesure économique bénéficiant à l'Autorité palestinienne. C'est tout le contraire : cette mesure est purement sécuritaire et vise à prévenir la principale menace stratégique pour Israël : le financement du terrorisme. Ce n'est pas une interprétation, mais la position officielle formulée par le gouvernement israélien et les organes de sécurité — sous Benjamin Nétanyahou et le Likoud — et c'est la raison pour laquelle le cabinet politico-sécuritaire approuve encore et encore l'accord d'indemnisation, parfois à une fréquence d'une fois tous les trois mois.
La logique est simple : un système bancaire palestinien fonctionnel, supervisé et connecté à Israël est un système que l'on peut surveiller. Lorsque l'on détaille ce qui sera exactement touché, on comprend la profondeur de l'histoire : 100 % du carburant consommé par les Palestiniens arrive via Israël, 93 % de l'électricité et environ un tiers de l'eau. Ce mécanisme de compensation n'est pas un cadeau à l'Autorité palestinienne — c'est l'outil par lequel Israël contrôle ce qui entre et ce qui sort. C'est le Protocole de Paris, et non les Accords d'Oslo, qui a construit cette structure, et Israël n'a jamais exprimé d'intérêt à la réduire. Y renoncer n'est pas une pression sur l'Autorité — c'est renoncer au contrôle. De plus, un système qui s'effondre crée un vide, et ce vide est comblé par des espèces, des changeurs de monnaie, des canaux commerciaux non réglementés et des cryptomonnaies. Ce sont exactement les canaux par lesquels transite le financement du terrorisme.
En novembre 2024, le cabinet de sécurité, dirigé par le Premier ministre Benjamin Nétanyahou (et le ministre des Finances lui-même), a voté en faveur de la prolongation de l'indemnisation pour un an. Le seul ministre qui s'y est opposé était Itamar Ben Gvir, qui a soutenu de manière cohérente qu'il fallait faire s'effondrer l'Autorité. Bezalel Smotrich siège au même cabinet. Il entend les évaluations. Il les a signées. Et en même temps, pendant quatre ans, il n'a pas fait avancer la législation que le gouvernement dont il est membre a décidé d'adopter.
Et ici arrive la partie qui devrait inquiéter non pas Ramallah, mais les déposants à Tel-Aviv. La raison pour laquelle il a été décidé dès le départ de créer un organe distinct pour gérer la relation financière avec les banques palestiniennes n'était pas bureaucratique — c'était la gestion des risques. La loi américaine Taylor Force Act, adoptée en 2017, interdit aux entités financières américaines et internationales de maintenir des relations avec des banques de l'Autorité palestinienne, et stipule qu'une telle relation les expose à des poursuites pour aide au terrorisme. Les règles mondiales dans ce domaine ne nécessitent pas d'intention. Il suffit qu'une banque ait transféré de l'argent sur un compte qui s'est avéré par la suite appartenir à un activiste terroriste — même si elle pensait qu'il s'agissait d'un agriculteur — pour qu'elle se retrouve exclue du système bancaire mondial. L'idée de séparer en un organe dédié visait à isoler ce risque. Le mettre dans une boîte définie, gouvernementale, qui, si elle explose, explose seule.
Tant que la législation n'est pas adoptée, ce risque pèse sur les deux plus grandes banques du marché — Hapoalim et Discount — qui détiennent ensemble la plupart des dépôts et des crédits en Israël. Ce n'est pas une question théorique. Un seul incident suffit — une transaction qui sera liée par la suite au financement du terrorisme, une seule poursuite civile qui sera acceptée devant un tribunal américain — pour qu'une grande banque israélienne ait du mal à maintenir ses liens avec les banques américaines par lesquelles elle transfère et compense les paiements en dollars. À partir de ce moment, le mot « risque » change d'échelle : il ne concerne plus un commerçant à Ramallah, mais la capacité de l'économie israélienne à compenser le commerce extérieur. C'est le scénario que la société publique était censée prévenir, et c'est le scénario que la non-promotion de la législation laisse ouvert. En d'autres termes : celui qui bloque la législation ne protège pas Israël du risque, mais transfère le risque de l'État vers le système bancaire privé, et ce faisant, l'augmente.





