Yigal Levinstein et Tamir Granot analysent les fractures de la société

Les rabbins Yigal Levinstein et Tamir Granot ont analysé les craintes des laïcs face à la religion et les réticences des ultraorthodoxes concernant le service militaire dans Tsahal.

Now14Auteur : חדשות המגזר
Source
Digest.co.il
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Dans le cadre du 19e épisode du podcast « Mehashvim Maslul » (« Recalculer l'itinéraire »), deux figures majeures du sionisme religieux aux sensibilités différentes — le rabbin Yigal Levinstein d'Eli et le rabbin Tamir Granot de Tel-Aviv — se sont rencontrées pour un dialogue approfondi. Au-delà de leurs nuances idéologiques, les deux érudits ont d'emblée posé les bases de leur socle commun : leur vision de l'État d'Israël et du processus de rédemption s'inspire directement des enseignements du rabbin Abraham Isaac Kook, appréhendant la complexité de l'époque actuelle comme un cheminement intérieur de renouveau spirituel.

Pourquoi les laïcs redoutent-ils un « État halachique » ?

Les rabbins ont analysé les ressorts de l'anxiété du public laïc face à la religion. Le rabbin Tamir Granot a souligné :

« La racine profonde de cette peur réside dans la liberté. L'individu laïc craint de perdre sa liberté personnelle, sa créativité et sa capacité d'expression face à ce qu'il perçoit comme une future coercition religieuse. »

Cette appréhension est alimentée par des représentations historiques liées au pouvoir de l'Église en Europe ou au régime théocratique en Iran.

Le rabbin Yigal Levinstein a apporté une distinction essentielle : le problème réside dans l'absence historique du concept de « Torah de la collectivité » (Torat HaKlhal). Durant deux mille ans d'exil, le judaïsme s'est concentré sur la « Torah de l'individu » (Torat HaPrat) — la pratique personnelle, familiale et communautaire. Les questions relatives à la gestion d'un État, à la morale publique или à la conduite de la guerre selon la loi juive n'ont que très peu été théorisées.

Ainsi, lorsque le public laïc entend parler d'« État juif » ou d'« État halachique », il redoute l'application forcée des règles individuelles à l'ensemble de la société. Selon les intervenants, le développement et l'explication d'une « Torah de la collectivité », axée sur les institutions nationales et respectueuse des libertés individuelles, permettront d'apaiser ces craintes.

La crainte des ultraorthodoxes face au changement de modèle

Abordant la question de la communauté ultraorthodoxe (haredim) et de la conscription au sein de Tsahal, le rabbin Tamir Granot a affirmé que les arguments relatifs à l'abandon de l'étude de la Torah ne touchaient pas le cœur du sujet.

La véritable raison est d'ordre structurel : le monde haredi s'appuie sur un « système d'exploitation » qui a prouvé son efficacité pour préserver l'identité juive à travers les siècles d'exil. En revanche, ils perçoivent le modèle du sionisme religieux comme sociologiquement fragile en raison du taux d'abandon chez les jeunes. Ils estiment donc avoir la responsabilité historique de protéger leur mode de vie.

Le rabbin Yigal Levinstein a révélé un autre aspect crucial issu de ses échanges avec des cadres du monde ultraorthodoxe. La crainte réelle des haredim face au service militaire est liée au sentiment national. Lorsqu'un jeune ultraorthodoxe s'engage dans Tsahal et combat aux côtés de ses pairs, un puissant sentiment patriotique s'éveille en lui. Or, le monde de la Torah ultraorthodoxe ne dispose pas aujourd'hui d'une interprétation religieuse de ce sentiment national, qui est alors perçu comme une force laïcisante risquant de l'éloigner de la pratique religieuse.

Le défi de l'éducation dans une société ouverte

Évoquant les défis internes du sionisme religieux, les rabbins ont abordé la baisse de tension spirituelle chez certains jeunes, malgré l'essor sans précédent des yéchivot. Le rabbin Tamir Granot a résumé la situation :

« Nous sommes par définition une société à haut risque. »

Contrairement au monde haredi qui érige des barrières protectrices, le sionisme religieux encourage ses jeunes à s'ouvrir au monde moderne. Cependant, la société postmoderne actuelle fragilise les identités fondamentales telles que la famille, la communauté et la nation, un phénomène amplifié par l'omniprésence des réseaux sociaux.

Pour y faire face, les deux rabbins s'accordent sur trois piliers éducatifs : offrir une clarté et une certitude morales face au doute ; insuffler une ferveur et une dimension émotionnelle à la pratique religieuse ; et restaurer le sens de la mission et de la responsabilité envers le peuple juif.

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