Primaires au commandement central
Comment un général respecté, associé à la promotion de dizaines d’implantations, à la stabilité sécuritaire, à la lutte antiterroriste résolue et au respect de l’État de droit, devient-il une cible d’attaques politiques ? La réponse, selon l’auteur, n’est pas professionnelle : elle est politique.

Le commandant du commandement central, Avi Blout, se retrouve ces jours-ci à servir d'« adjoint » dans une mise en scène qu’il n’a pas choisi de jouer. Le ministre de la Défense, Israel Katz, l’entraîne dans un round d’altercations publiques, destiné à positionner Katz comme « enfin » ministre de la Défense de droite — exactement comme l’annonce sa nouvelle chanson de campagne. Une vidéo d’IA fabriquée, accompagnée d’un rythme de rock lourd, de tambours et, en arrière-plan, d’attaques de Tsahal, décrit Katz comme « celui qui appuie sur le bouton, et les Iraniens disent : que Dieu nous protège ». Mais ce sont précisément nous, les spectateurs de l’extérieur, qui nous disons : que Dieu nous protège, qu’est-ce qui se passe ici ? La mémoire israélienne courte est un art pour les politiciens, mais les chiffres et les faits parlent d’eux-mêmes.
Rien que le mois de novembre dernier, le ministre Bezalel Smotrich a fait l’éloge de Blout et l’a défini comme « le meilleur commandant du commandement central depuis 20–30 ans ». Le vice-président du conseil de Samarie, Davidy Ben-Zion, a affirmé que « ce qu’Avi Blout a fait pour l’implantation, aucun politicien ne l’a fait avant lui », et le président du conseil de Beit El, Shai Alon, a qualifié les démarches de destitution de « honte et déshonneur ». Alors comment un général respecté, associé à la promotion de dizaines d’implantations, à la stabilité sécuritaire, à la lutte antiterroriste résolue et au respect de l’État de droit, devient-il une cible d’attaques politiques ? La réponse n’est évidemment pas professionnelle. Elle est politique.
Au sein du Likoud, opère un groupe d’environ 400 militants originaires de Judée-Samarie. Les candidats aux primaires qui obtiendront leur soutien recevront un pouvoir électoral significatif. Lorsque leurs critiques concernant la gestion de l’attaque à Tel Ma’aretz se mêlent à la pression de facteurs extrêmes sur les collines autour des ordonnances de détention administrative, le chemin vers le cœur du militant passe par l’affrontement avec le commandant du commandement.
Mais le vrai problème est que ce drame ne se limite pas à un autre tour de primaires. Le prix n’est pas payé au bureau du ministre, mais sur le terrain, dans l’âme et le souffle mêmes de l’armée. Comme l’a formulé avec justesse le colonel (en réserve) Ofer Winter : « Un ministre de la Défense dans l’État d’Israël ne renvoie pas un général en direct à la télévision ». Lorsque le ministre de la Défense fait cela, en contournant le chef d’état-major pour un gain politique immédiat, il ne fait pas seulement du tort au général Blout : il démantèle à la racine la conception du commandement au sein de Tsahal et l’ensemble de la chaîne de commandement.
Quel message cet événement envoie-t-il au commandant de bataillon à Jénine, au commandant de brigade à Hébron, ou au vice-officier général qui doit prendre des décisions de commandement complexes sous le feu ? Le professionnalisme, les résultats sur le terrain, l’intégrité et l’attachement à la mission n’offrent plus de soutien au commandement. Le jour d’un ordre, c’est un calcul politique étroit qui décidera de ton sort. Lorsque les officiers sur le terrain comprennent que leur avenir au sein de Tsahal ne dépend pas de la capacité professionnelle mais du bruit de fond, la motivation à exceller peut se désagréger.
Tsahal n’est pas un centre de parti. C’est un système hiérarchique fermé, fondé sur la discipline, une confiance absolue et l’obéissance aux instructions des commandants. Cette hiérarchie n’est pas un privilège. C’est la seule condition qui permet à une armée de fonctionner et de combattre. Dès que l’arène des primaires s’infiltre dans la salle de guerre, la capacité du chef d’état-major à diriger l’armée et à maintenir une hiérarchie de commandement ordonnée s’effondre. Lorsque l’échelon politique mène un affrontement public avec des commandants de haut rang, lorsque même le chef d’état-major devient une cible, les officiers sur le terrain commencent à calculer des itinéraires politiques et à se demander qui détient réellement l’autorité : le commandant direct et le chef d’état-major, ou le ministre.
Quand on sape l’autorité d’un commandant de haut rang pour un slogan de campagne, le dommage causé ne se limite pas au commandement central. Le message s’infiltre vers le bas, jusqu’au dernier des combattants, et détruit la base la plus élémentaire du système militaire : recevoir les ordres et pouvoir faire confiance au commandement supérieur. D’ici à l’anarchie de commandement, le chemin est très court.



