La fuite des cerveaux chez les médecins israéliens multipliée par cinq

Une étude de l'Université de Tel-Aviv révèle une accélération de l'émigration des médecins en Israël. En 2023-2024, le pays a enregistré une perte nette de 509 praticiens, soit près de cinq fois la moyenne de la décennie précédente.

CalcalistAuteur : Adrian Filut
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La fuite des cerveaux chez les médecins israéliens multipliée par cinq
Photo : Calcalist / צילום: תומי הרפז

Une nouvelle étude menée par le professeur Itai Ater, le professeur Nitai Bergman et Doron Zamir de l'Université de Tel-Aviv révèle une détérioration sans précédent du solde migratoire des médecins en Israël. Ce travail s'appuie sur les données de la salle de recherche du Bureau central des statistiques.

Selon les résultats, au cours des années 2023-2024, Israël a perdu un solde net de 509 médecins, soit une moyenne de 255 départs par an. À titre de comparaison, entre 2010 et 2019, la perte annuelle moyenne n'était que de 54 médecins. Le rythme des départs a donc été multiplié par près de cinq.

Cette tendance s'inscrit dans un contexte de crise structurelle du système de santé. Un récent rapport du ministère des Finances sur les salaires indique que 24 % des médecins spécialistes des hôpitaux publics approchent de l'âge de la retraite. Bien que les chiffres définitifs pour 2025 ne soient pas encore clos, les chercheurs estiment qu'environ 419 médecins supplémentaires ont quitté le pays.

Évolution annuelle des départs

L'analyse historique permet de mesurer l'ampleur de cette rupture :

  • 2020 (Pandémie de COVID-19) : Le solde migratoire a été exceptionnellement positif, les restrictions de déplacement ayant incité davantage de médecins à rentrer en Israël qu'à en partir.

  • 2021 : Un rebond technique a été enregistré avec une perte nette de 116 médecins après la réouverture des frontières.

  • 2022 : Le solde s'est établi à 135 départs, un niveau comparable à celui de 2009.

  • 2023 : La perte nette a bondi à 181 médecins, établissant un nouveau record à l'époque.

  • 2024 : Ce chiffre a presque doublé pour atteindre un sommet historique de 328 médecins.

Cette dégradation s'explique par la hausse des départs combinée à la baisse des retours. En 2024, 530 médecins ont quitté Israël pour une période prolongée (le niveau le plus élevé depuis 2009), contre 416 en 2023. Parallèlement, seuls 202 médecins sont revenus en Israël en 2024, soit une baisse de 14 % par rapport aux 235 retours enregistrés en 2023.

Les spécialités chirurgicales en première ligne

L'analyse par spécialité montre que l'émigration touche particulièrement certains secteurs clés. Entre 2023 et 2025, 188 chirurgiens ont quitté Israël, soit environ 6 % des effectifs agréés dans cette discipline. Ce groupe comprend 123 spécialistes en orthopédie, chirurgie plastique, urologie, chirurgie vasculaire et neurochirurgie, ainsi que 65 en chirurgie générale, cardiaque, thoracique, pédiatrique et de la main.

Une proportion tout aussi élevée concerne les dermatologues, ophtalmologues et ORL, avec 116 départs (6,2 % des effectifs de cette catégorie) sur trois ans. En chiffres absolus, les internistes sont les plus touchés avec 215 départs (3,9 %).

Dans les spécialités de soutien (anesthésie, radiologie, pathologie), 98 médecins ont quitté le pays (3,9 %). On enregistre également le départ de 72 gynécologues, 51 psychiatres et 39 spécialistes en soins intensifs et médecine d'urgence.

Le groupe le plus important en nombre absolu reste celui des médecins sans spécialité enregistrée, avec 353 départs (2,1 % de cette catégorie). Ce point montre que la fuite des cerveaux ne se limite pas aux praticiens expérimentés, mais touche aussi de jeunes diplômés avant leur spécialisation.

Profils d'âge et disparités géographiques

Le profil démographique des partants évolue également. En 2023-2025, environ 23 % des médecins ayant quitté le pays avaient plus de 45 ans, contre seulement 14 % au cours de la décennie précédente. Bien que de nombreux médecins partent temporairement pour des formations ou des recherches, la part croissante de praticiens expérimentés fait craindre que ces départs ne deviennent définitifs.

Sur le plan géographique, le district de Tel-Aviv arrive en tête avec 429 départs en 2023-2025 (5,4 % des médecins du district), suivi par Haïfa (3,7 %), Jérusalem (3,3 %), le Centre (3,1 %) et le Sud (3 %).

Les auteurs de l'étude alertent sur les risques de déstabilisation du système :

« Le véritable danger réside dans la rupture de l'équilibre et le risque de voir ces chiffres continuer à progresser. Tout choc négatif supplémentaire — qu'il soit politique, économique ou sécuritaire — pourrait déclencher un effet de rétroaction où chaque départ incite d'autres professionnels à suivre. Une fois un certain seuil franchi, inverser la tendance sera extrêmement difficile et aura de graves répercussions macroéconomiques. »

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