"Mon seul et unique" : un film qui prend un plaisir fou aux questions talmudiques

"Mon seul et unique" s'appuie sur deux traditions : les légendes talmudiques mystiques sur les démons et l'obsession cinématographique pour les échanges d'identité. Malgré une ouverture dynamique et brillante, le film finit par perdre un peu de son souffle.

MakoAuteur : Tomer Kamerling
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"Mon seul et unique" : un film qui prend un plaisir fou aux questions talmudiques
Photo : Mako / הסך הכל עדיין אחלה. זהר שטראוס ב"האחד והיחיד שלי" | צילום: יוסף שלסט, באדיבות קולורדוס הפקות

Avec une énergie débordante, des vibes cool, une mise en scène créative à la limite du sauvage et beaucoup d'humour, "Mon seul et unique" est avant tout un grand plaisir. Dans le cinéma israélien, qui a souvent tendance à la gravité et à la lourdeur lorsqu'il aborde des sujets religieux, cette légèreté est une rareté qui mérite d'être saluée. Le film de David Tauber—scénariste et réalisateur, produit par son épouse Elia Tauber—prouve qu'il n'est pas nécessaire de s'enfermer dans le sérieux. Son premier tiers est sans doute l'une des ouvertures les plus réussies de l'année.

L'histoire suit une femme revenue à la religion (Talia Bartfeld) qui, peu après son premier accouchement, découvre que son mari (Nadav Antman-Ron) a été remplacé. Il lui ressemble, mais ce n'est plus lui. Dans sa détresse, elle se tourne vers sa Rabbanit (Nuvit Sitbon), qui la traite d'abord comme une femme ayant perdu la raison. Son mari rabbin, lui, l'incite à être plus attentive, ce qui pousse la Rabbanit à demander de l'aide à son ancien professeur (Zohar Strauss)—pour découvrir que lui aussi semble avoir changé.

Le film s'appuie sur deux piliers : les légendes talmudiques mystiques sur les démons et les réincarnations, et le motif cinématographique récurrent de l'échange d'identité, cher à des réalisateurs comme David Lynch, Paul Thomas Anderson ou Christopher Nolan. Tauber plonge dans ce registre avec audace : on y croise des actrices qui s'échangent, une mère transformée par un exorcisme et un grand-père revenu différent de la guerre. Les échanges sont à la fois métaphoriques et physiques, mêlant mysticisme et psychiatrie, mais finissent par être trop nombreux.

Après un début très rythmé, "Mon seul et unique" perd un peu le fil. L'énergie se disperse dans une multitude de sous-intrigues et s'enlise parfois dans des digressions talmudiques en araméen, un peu trop lourdes. Ces arguties nuisent à la dynamique du film, pourtant bien servie par le montage de Tauber et Miki Cohen Barlev. Le vrai problème reste le message final : on ne sait pas vraiment ce que le réalisateur a voulu nous dire. Si le film traite de la difficulté d'accepter les changements chez ceux qu'on aime, cette réponse semble bien trop simple par rapport à l'ambition visuelle de l'œuvre.

La cinématographie de Yosef Shalest est excellente au début, avant de glisser vers des maniérismes rappelant l'époque de "Parker Lewis ne perd jamais". Malgré cette baisse de régime, "Mon seul et unique" reste une expérience géniale, amusante et qui vaut largement le détour.

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