L'inflation est à un plus bas de cinq ans : pourquoi la Banque d'Israël hésite-t-elle à baisser les taux ?

Dans une interview accordée à Bloomberg, le gouverneur de la Banque d'Israël, Amir Yaron, a tempéré les attentes concernant un assouplissement monétaire le 1er septembre, malgré une inflation au plus bas depuis cinq ans. Si le shekel fort et les indices bas plaident pour une baisse, la banque centrale reste prudente face aux risques économiques et géopolitiques.

GlobesAuteur : Yuval Einhorn
Source
L'inflation est à un plus bas de cinq ans : pourquoi la Banque d'Israël hésite-t-elle à baisser les taux ?
Photo : Globes / נגיד בנק ישראל, אמיר ירון / צילום: יונתן בלום

L'inflation a atteint un plus bas de cinq ans, se situant désormais en dessous de la cible de stabilité de la Banque d'Israël (1 %-3 %). Ce chiffre pourrait théoriquement justifier une troisième baisse consécutive des taux d'intérêt lors de la décision du 1er septembre. Cependant, le gouverneur, le professeur Amir Yaron, adopte une position différente, suggérant qu'il n'y a aucune urgence à agir.

Dans une interview accordée à Bloomberg, le gouverneur a évoqué plusieurs variables susceptibles d'influencer la décision, laissant entendre que les conditions pour un nouvel assouplissement ne sont pas encore pleinement réunies.

Inflation : les arguments pour et contre

L'argument principal en faveur d'une baisse des taux est l'inflation : l'indice de juillet a progressé de 0,3 %, ramenant l'inflation annuelle à 1,5 %. Selon les données de la Banque d'Israël, cet environnement permet une politique monétaire moins restrictive qu'au pic de la vague inflationniste.

À l'inverse, Yaron anticipe une accélération de l'inflation vers 2 % dans les mois à venir. Le logement reste un foyer de risque, l'indice correspondant ayant progressé de 0,7 % en juillet, avec un bond de 4,8 % des loyers pour les nouveaux contrats.

Rafi Gozlan, économiste en chef chez IBI, souligne : « L'annonce d'une inflation attendue vers 2 % ou plus est un signal au marché : une baisse est possible, mais le processus d'ajustement des taux touche à sa fin. » Jonathan Katz, de Leader Capital Markets, ajoute que si cette hausse découle d'ajustements fiscaux, comme des hausses d'impôts, cela ne nécessite pas nécessairement une réponse monétaire restrictive.

Le taux de change, un facteur central

Le taux de change demeure une préoccupation majeure. Depuis le début de l'année, le dollar s'est affaibli d'environ 6 % face au shekel, s'échangeant près de la barre des 3 shekels. Bien que ce niveau soit supérieur au plus bas de 2,8 shekels enregistré il y a trois mois, il reste historiquement très fort.

Un shekel fort aide à contenir l'inflation via les prix à l'importation, mais pénalise les exportateurs. La Banque d'Israël pourrait utiliser une baisse des taux pour équilibrer la pression sur les exportations, mais une mesure trop agressive risquerait de provoquer une dévaluation et de relancer les tensions inflationnistes.

Croissance et marché du travail

L'économie a progressé de 3,6 % au deuxième trimestre (15,4 % en rythme annualisé). Toutefois, Jonathan Katz tempère : « Si l'on exclut l'activité des géants technologiques mondiaux comme Nvidia, l'économie semble nettement plus faible. » La consommation privée reste inférieure à son niveau d'avant-guerre, réduisant l'urgence d'un assouplissement monétaire.

Le marché du travail reste tendu, malgré une hausse du chômage de 2,9 % à 3,1 % en juillet. La forte demande de main-d'œuvre soutient la croissance des salaires, ce qui complique la poursuite de la désinflation.

L'incertitude géopolitique

Le gouverneur Yaron a insisté sur le niveau croissant d'incertitude lié aux risques géopolitiques et fiscaux. Katz soutient que la Banque d'Israël considère les guerres comme intrinsèquement inflationnistes en raison des contraintes sur l'offre. Les développements des deux prochaines semaines — concernant l'Iran, les prix du pétrole et le taux de change — seront déterminants pour la décision du comité.

En fin de compte, les experts soulignent que la Banque d'Israël reste une institution très prudente. La décision du 1er septembre dépendra largement de la capacité du pays à éviter des chocs majeurs sur le plan sécuritaire et financier.

Dans la même rubrique