Les avantages fiscaux pour les localités frontalières ne sont pas une faveur

Une famille qui choisit de construire sa maison dans une localité proche de la frontière ne reçoit pas seulement une vue dégagée et un loyer plus bas. Elle fait aussi face à l'éloignement des services médicaux, à des transports publics rares, à moins d'options d'éducation et de loisirs, et à une menace sécuritaire qui devient une partie du quotidien.

YnetAuteur : Tirael Cohen
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Les avantages fiscaux pour les localités frontalières ne sont pas une faveur
Photo : Ynet / צילום: שאול גולן

Début juin dernier, la plénière de la Knesset a approuvé en deuxième et troisième lectures des avantages fiscaux pour 58 localités en Judée et Samarie (une liste qui s'est depuis élargie à 64 localités dans la liste finale publiée par l'Autorité fiscale). La loi a provoqué une tempête politique au sein de la Commission des finances après que les chefs des localités de la ligne de confrontation dans le nord ont affirmé qu'on leur avait promis une augmentation parallèle de 4 % de leur crédit d'impôt dans le cadre du même processus législatif — une promesse qui n'a finalement pas été tenue, alors que la mesure pour la Judée et Samarie a été promue.

Mais le débat politique entre les régions frontalières manque le véritable défi auquel sont confrontées toutes les familles de la frontière, indépendamment de la frontière spécifique où elles vivent. Une famille qui choisit de construire sa maison dans une localité proche de la frontière ne reçoit pas seulement une vue dégagée et un loyer plus bas. Elle fait aussi face à l'éloignement des services médicaux, à des transports publics rares, voire inexistants, à moins d'options d'éducation et de loisirs, et à une menace sécuritaire qui devient une partie du quotidien.

Les avantages fiscaux accordés à ces localités ne sont pas un cadeau. C'est la manière dont l'État assume une partie du prix. Le prix commence par les choses les plus quotidiennes : un pédiatre et des services médicaux de base ne sont pas toujours disponibles à proximité, et toute maladie complexe nécessite des déplacements fréquents vers la grande ville. Un véhicule privé n'est pas non plus un luxe. Un jeune qui déménage dans une localité frontalière peut certes économiser sur le loyer, mais il paiera cette économie par l'achat d'un véhicule, le carburant et de longues heures sur la route. L'écart se poursuit dans les domaines de l'éducation, de la culture et de l'aide sociale. Les enfants parcourent de longues distances pour aller à l'école, puis doivent voyager à nouveau pour participer à un club ou à une activité d'enrichissement — si ceux-ci existent.

Un besoin national et sécuritaire

On pourrait dire que c'est ainsi que fonctionne le marché : la vie en périphérie est moins chère, mais les services y sont plus limités. Cependant, la vie aux frontières de l'État n'est pas seulement un choix de consommation. L'existence de communautés fortes le long de la frontière est un besoin national et sécuritaire. L'État demande aux familles d'y vivre, d'élever des enfants, de maintenir l'agriculture, l'éducation et la vie communautaire — et parfois de continuer à le faire même sous les tirs, les infiltrations, l'évacuation et dans l'incertitude.

Un avantage fiscal ne compensera pas le prix total que paient les communautés frontalières. Il exprimera la reconnaissance et la responsabilité et leur permettra de construire un avenir dans une réalité économique stable. Les avantages fiscaux pour les localités éligibles sont certes réglementés dans l'Ordonnance sur l'impôt sur le revenu, mais les extensions concernant certains groupes de localités frontalières sont toujours déterminées comme des ordonnances temporaires. Mechora dans la vallée du Jourdain, par exemple, n'a pas été incluse dans la carte des avantages fiscaux pendant des années. Ce n'est que cette année qu'elle a été ajoutée, aux côtés d'autres localités de la région, à un avantage de 7 %, appliqué rétroactivement à partir de janvier. Cependant, dès le moment de son approbation, il a été déterminé que sa validité prendrait fin fin 2027.

Pour les habitants de Mechora, l'incertitude n'est pas une question théorique. L'État reconnaît le prix lié à la vie dans une localité menacée et éloignée et accorde même un avantage en pratique, mais ne permet pas aux familles et aux entreprises de savoir si elles pourront compter dessus à long terme. Une famille ne peut pas planifier un déménagement ou l'achat d'une maison, et une entreprise ne peut pas calculer un investissement à long terme sur la base d'un avantage dont l'avenir dépend d'une autre lutte politique.

Une politique permanente a également une importance macroéconomique. Lorsque les règles du jeu sont connues des années à l'avance, tout le marché s'organise autour d'elles : les entrepreneurs planifient la construction, les entreprises calculent la rentabilité, les employeurs recrutent des employés et les familles s'installent. Ainsi, l'avantage fiscal se transforme d'une réponse ponctuelle en un levier de croissance régionale. Lorsqu'il dépend à chaque fois d'une commission, d'une ordonnance temporaire ou d'une lutte politique renouvelée, le marché ne l'évalue pas comme une réalité stable — et donc son impact reste limité.

L'État alloue l'argent de toute façon. La question est de savoir s'il s'agira d'une dépense temporaire ou d'un investissement qui entraînera dans son sillage des capitaux privés, de l'emploi et du développement. Les communautés frontalières fortes ne sont pas un intérêt sectoriel et ne sont pas une promesse électorale. Elles sont une composante fondamentale de la résilience de l'État d'Israël.

Tirael Cohen est la présidente et fondatrice de « Kadma - Établissement de jeunes ».

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