Le visionnaire de l'État n'a pas besoin de mythe : il est temps d'enseigner le vrai Herzl
L'inhumation du grand-père et de la grand-mère du visionnaire de l'État au mont Herzl est l'occasion d'un examen de conscience éducatif : les recherches des 25 dernières années ont modifié la compréhension du chemin qui a mené Herzl au sionisme, mais les manuels scolaires sont toujours bloqués dans l'histoire simpliste de l'affaire Dreyfus.

Cette semaine, un cycle historique extraordinaire a été achevé à Jérusalem : Shimon et Rivka Herzl, le grand-père et la grand-mère de Theodor Herzl, ont été portés à leur dernière demeure aux côtés de leur petit-fils et du reste de leur famille au mont Herzl.
Beaucoup y ont vu un événement familial émouvant et la clôture d'un cycle sioniste. Mais à mes yeux, sa signification est bien plus profonde : c'est un moment qui nous oblige à nous demander non seulement comment nous commémorons Herzl, mais aussi comment nous l'enseignons.
Parfois, un seul événement symbolique révèle la profondeur du fossé entre les connaissances historiques accumulées dans la recherche et les connaissances transmises dans les salles de classe. Des générations d'élèves en Israël ont grandi avec une histoire uniforme : Herzl était présenté comme un journaliste viennois assimilé, éloigné du judaïsme, dont le monde n'a été ébranlé que par l'affaire Dreyfus, ce qui a fait de lui, du jour au lendemain, le visionnaire de l'État. Une histoire simple, facile à enseigner et à retenir. Cependant, l'histoire ne se mesure pas à sa simplicité, mais à sa fidélité aux faits.
Au cours des 25 dernières années, des recherches historiques approfondies ont été menées sur la vie de Herzl, sa famille et le monde intellectuel qui l'entourait. La recherche, basée sur des documents d'archives, des journaux intimes, des lettres et des sources familiales qui ont été révélés et réexaminés, non seulement ajoute de nouveaux détails biographiques, mais offre également un nouveau cadre pour comprendre le développement idéologique de Herzl.
L'image qui émerge aujourd'hui n'est plus une hypothèse de recherche, mais un corpus de connaissances bien fondé, qui enseigne que son chemin vers le sionisme n'a pas été un moment unique d'éveil suite à l'affaire Dreyfus, mais un processus prolongé de cristallisation idéologique, influencé par des cercles familiaux, juifs, européens et nationaux à la fois.
Même la figure de son grand-père, Shimon Herzl, se révèle aujourd'hui comme un maillon significatif du développement idéologique qui a finalement conduit à la vision de son petit-fils. Ses liens avec les idées de renaissance nationale et avec le rabbin Yehuda Alkalai montrent que Herzl n'a pas grandi dans le vide — il a grandi sur un terrain historique et idéologique plus profond que ce qui a été raconté au fil des ans. Cela ne signifie pas qu'il faille remplacer un mythe par un autre. Au contraire — le rôle du système éducatif n'est pas de perpétuer des légendes, mais d'enseigner l'histoire telle qu'elle est révélée et développée.
Si nous cherchons à éduquer à la pensée critique, nous ne devons pas continuer à enseigner une image qui correspondait à la recherche du siècle dernier, alors que le corpus de connaissances accumulé au cours du siècle actuel présente une image plus large, plus fondée et plus précise. Le système éducatif n'a pas besoin de recommencer à étudier Herzl. Le travail de recherche principal a été fait — et maintenant la tâche consiste à mettre à jour les manuels scolaires afin qu'ils reflètent les connaissances de recherche accumulées. Commémorer Shimon et Rivka Herzl n'est pas seulement une correction historique pour une famille, mais c'est aussi une opportunité de corriger la façon dont nous enseignons l'histoire du sionisme à la prochaine génération.
Herzl n'a pas besoin de mythes pour être grand. Au contraire — plus nous le connaissons par la recherche, avec toute sa complexité, ses racines et le long chemin qu'il a parcouru jusqu'à devenir le visionnaire de l'État, plus sa figure devient profonde, humaine et inspirante. Le moment est venu pour les élèves israéliens de connaître le Herzl de la recherche, et non le Herzl du mythe. Le rôle du système éducatif n'est pas de préserver le récit d'hier, mais d'inculquer ce que la recherche nous enseigne aujourd'hui.
L'auteur est historien au département d'études sur la Terre d'Israël et d'archéologie à l'université d'Ariel.



