La tempête « Elector » : ce que le juge Solberg a décidé et pourquoi le Likoud est en colère
La décision du président de la Commission électorale centrale, le juge Noam Solberg, d'interdire le transfert de données sur les électeurs en temps réel depuis les bureaux de vote change la donne pour le Likoud et les partis ultra-orthodoxes. Analyse du fonctionnement de ces applications, des raisons de leur interdiction et des tentatives des partis pour contourner cette restriction.

Le président de la Commission électorale centrale, le juge Noam Solberg, a interdit aux observateurs et aux membres des bureaux de vote de transférer en temps réel — via des applications dédiées à la mobilisation des électeurs, telles qu'« Elector » — des informations sur l'identité des citoyens venus voter. Bien que cette décision soit justifiée par la crainte d'une atteinte à la vie privée, elle a suscité une vive colère au sein du Likoud et des partis ultra-orthodoxes.
Comment fonctionnent ces applications ?
Les applications de mobilisation des électeurs permettent aux partis de regrouper des informations sur leurs partisans potentiels en croisant les données nationales des électeurs avec celles issues des réseaux sociaux et des bases de données internes des partis. Une fois ces informations concentrées, les membres des bureaux de vote ou les observateurs effectuent un suivi en temps réel, marquant les partisans qui sont venus voter. Ceux qui ne se sont pas présentés sont identifiés et reçoivent des appels de mobilisation de la part du parti pour les inciter à se rendre aux urnes.
Que stipule la décision de Solberg ?
Dans sa décision, le juge Solberg n'a pas interdit l'utilisation des applications elles-mêmes, mais uniquement le transfert d'informations sur l'identité des électeurs arrivés au bureau de vote. Selon lui, transmettre des données depuis l'intérieur du bureau de vote sur le fait même du vote, y compris l'heure et le type de bureau, constitue une atteinte à la vie privée. Solberg a statué que les lois électorales n'autorisent pas les représentants des partis à transférer ces informations pour des activités partisanes. En somme, le juge a fait primer le droit à la vie privée sur l'objectif d'augmentation du taux de participation.
Qui est le plus touché ?
Cette décision nuit principalement aux grands partis représentés à la Knesset, qui disposent d'une base de données solide et d'une représentation proportionnelle au sein des bureaux de vote. Les nouveaux partis, non représentés à la Knesset, n'ont pas accès à de telles ressources, ce qui rend cette décision moins critique pour eux. Par exemple, le parti de Gadi Eizenkot n'est pas affecté. En revanche, lors des élections précédentes, un partage de données avait eu lieu au sein du bloc de Netanyahou, le Likoud transférant des représentants de bureaux de vote dans des zones ultra-orthodoxes aux partis Shas et Judaïsme unifié de la Torah. Certains partis d'opposition avaient également eu recours à cette pratique.
Quelles sont les prochaines étapes ?
Le Likoud, par l'intermédiaire de l'avocat Ilan Bombach, a fait valoir que cette décision violait l'intérêt de confiance des partis. Ils soutiennent que si le juge Solberg maintient sa position, elle ne devrait s'appliquer qu'aux prochaines élections, les campagnes ayant déjà été structurées autour de cette pratique. Le Likoud s'est également tourné vers l'opposition pour tenter de légiférer, par consensus, la possibilité d'utiliser la mobilisation des électeurs au bureau de vote sans que cela soit considéré comme une violation de la vie privée, bien qu'il ne soit pas certain que l'opposition accepte cette proposition.





