La prochaine guerre pourrait commencer sur la carte : Israël doit avoir des frontières tracées par la nature | Colonel (rés.) Amir Noy
L'un des objectifs les plus importants de cette guerre doit être non seulement la défaite de l'ennemi, mais aussi la création de frontières durables. Des frontières qui ne forceront pas Israël à partir en guerre encore et encore pour les défendre.
Pendant des décennies, Israël a géré ses frontières comme si une ligne sur une carte était une véritable frontière. Ce n'est pas le cas. Une ligne peut être droite, courbe, bleue, verte ou rouge. Elle peut être déterminée par un accord international, lors d'une conférence de paix, par une décision des puissances ou à la suite d'une guerre. Mais si elle ne crée pas de conditions de sécurité raisonnables, ce n'est pas nécessairement une bonne frontière.
Les meilleures frontières sont celles que la nature a déjà tracées pour nous : une rivière, une chaîne de montagnes, une vallée profonde, une colline, un point culminant dominant ou un obstacle géographique important. La nature ne négocie pas. Elle ne change pas non plus d'avis à la suite de changements de gouvernement. Par conséquent, Israël doit utiliser cette guerre pour formuler un nouveau concept de frontières : topographie, profondeur stratégique, zones tampons, supervision internationale et capacité opérationnelle israélienne en cas de violation.
Plus de lignes sur une carte
C'est, en fait, l'un des principes fondamentaux du concept de « frontières défendables » développé par Yigal Allon après la guerre des Six Jours. Une étude de l'Institut d'études de sécurité nationale (INSS) sur le plan Allon note qu'une frontière stratégique appropriée doit être basée sur un tracé topographique qui sert d'obstacle permanent, offre une profondeur stratégique et permet une alerte précoce. Ce n'est pas une idée nostalgique. Même à l'ère des missiles, des drones et du renseignement par satellite, le besoin d'espace, de temps d'alerte et de contrôle sur les terrains dominants n'a pas disparu. La guerre « Épées de fer » a réaffirmé à quel point une frontière est dangereuse lorsque l'ennemi se trouve à une distance trop courte des communautés civiles. Israël ne peut pas terminer une guerre historique tout en construisant la suivante en son sein.
Sykes-Picot est une leçon
Les frontières créées au Moyen-Orient après l'effondrement de l'Empire ottoman sont un exemple du danger de l'ingénierie géographique par des personnes qui ne sont pas nécessairement celles qui devront vivre avec ses résultats. Sykes-Picot lui-même n'était pas la frontière finale du Liban, et il n'a été mis en œuvre que partiellement. Mais il symbolisait un phénomène plus large : les puissances européennes ont établi des zones de contrôle et d'influence dans un espace dont la logique locale et sécuritaire était complètement différente. Les frontières finales ont été formées plus tard, dans le cadre d'une série d'arrangements supplémentaires.
Et c'est le point important : une frontière née d'un certain concept politique peut devenir un problème de sécurité lorsque la réalité change. Ce qui était vrai en 1920 n'est pas nécessairement vrai en 2026. Et ce qui semble raisonnable à la table des négociations n'est pas nécessairement raisonnable lorsqu'un missile antichar se trouve à quelques centaines de mètres d'une maison en Israël.
Par conséquent, la première question n'est pas « quelle ligne les voisins accepteront-ils ? ». La question est : quelle frontière permettra à l'État d'Israël de protéger ses citoyens même si le voisin de l'autre côté décide un jour d'être un ennemi ?
Une frontière a besoin d'espace. La topographie seule ne suffit pas. Entre la frontière et la menace, il doit y avoir de l'espace pour l'alerte et un tampon.
Pas un no man's land, mais une zone définie et supervisée où il est interdit à l'État voisin de stationner des forces armées, des missiles, de l'artillerie, des milices ou des infrastructures offensives. La police et les forces de garde-frontières peuvent y opérer, mais pas une armée. Ce principe a fait ses preuves à la frontière entre Israël et la Syrie après la guerre de Kippour. L'accord de désengagement des forces de 1974 a créé une zone de séparation entre Israël et la Syrie, où une force de l'ONU (UNDOF) était stationnée, aux côtés de zones où les forces et les armements étaient limités. Le résultat a été exceptionnel au Moyen-Orient : pendant des décennies, un calme militaire relatif a été maintenu dans le secteur. C'est une leçon qu'il ne faut pas ignorer.
Syrie : Ne pas revenir automatiquement à l'ancienne ligne
L'effondrement du régime d'Assad en décembre 2024 a changé la réalité. Israël a étendu son emprise dans la zone tampon et les zones adjacentes et a agi pour détruire une grande partie des capacités militaires qui restaient de l'ancien régime.
À l'Institut d'études de sécurité nationale, des cadres ont également été proposés pour un futur arrangement en Syrie qui maintiendrait un tampon entre Israël et la Syrie parallèlement à des mécanismes de supervision internationale. De là, un principe simple doit être dérivé : il ne faut pas revenir automatiquement à l'ancienne ligne simplement parce qu'elle apparaît sur une carte. Un nouvel arrangement est nécessaire, basé sur le terrain, la profondeur d'alerte, la démilitarisation et la limitation des forces. Si le régime à Damas est stable, responsable et engagé envers l'accord, il sera possible de discuter d'un arrangement. Sinon, il n'y a aucune raison pour qu'Israël renonce à l'espace de sécurité que la réalité l'a forcé à créer.
Liban : Le Litani est une frontière stratégique
Au nord, la logique est encore plus claire. Pendant des années, on a dit à Israël que la frontière internationale était la frontière. Mais le Hezbollah a prouvé qu'une frontière internationale n'est pas nécessairement une frontière de sécurité. La résolution 1701 a effectivement établi le Litani comme une ligne militairement significative : au sud de la rivière, seuls l'armée libanaise et les forces de la FINUL étaient censées être présentes. Cependant, l'arrangement a été violé à maintes reprises, et le Hezbollah s'est établi au sud du Litani. Le Litani est un tracé naturel clair. Il crée une profondeur géographique et un obstacle.
Par conséquent, s'il est possible de parvenir à un accord avec le Liban sur un arrangement selon lequel le Litani serait la ligne de sécurité, c'est une solution privilégiée. Et s'il n'y a pas d'accord, Israël doit s'en tenir au concept des tracés de terrain dominants au nord de la frontière internationale, à une distance qui permettra une protection efficace des communautés de Galilée. Le principe n'est pas « plus de territoire ». Le principe est plus de temps, plus de profondeur et plus de contrôle topographique.
La frontière avec la Jordanie doit également changer
La frontière orientale a reçu moins d'attention pendant des années parce que la réalité y était relativement calme. Mais la contrebande, les infiltrations et les menaces venant de l'est nécessitent un nouveau concept. Le ministère de la Défense a déjà commencé à construire des sections d'un obstacle sur la frontière orientale, dans le cadre d'un concept de défense renouvelé pour la vallée du Jourdain et la frontière orientale. Une frontière qui n'est pas protégée n'est pas une « frontière calme ». C'est simplement une frontière qui n'a pas encore été suffisamment testée. Les tests que la « réalité orientale » lui impose peuvent être critiques pour la sécurité d'Israël.
Gaza : Ne pas renoncer au contrôle sécuritaire
Gaza est le plus grand test. Le désengagement a prouvé qu'un retrait unilatéral sans arrangement sécuritaire peut transformer une zone adjacente à l'État d'Israël en une rampe de lancement pour la guerre. Par conséquent, il est interdit de revenir à une réalité où Israël renonce au contrôle sécuritaire sur sa frontière et espère que quelqu'un d'autre fera le travail. La protection de la « ligne de porte » a échoué.
La frontière avec l'Égypte doit rester la frontière internationale, mais elle doit être soutenue par un mécanisme de sécurité efficace qui empêchera la contrebande, l'infiltration d'armes et la construction d'infrastructures terroristes. Le principe doit être simple : frontière internationale, oui ; anarchie sécuritaire, non.
Supervision internationale, mais avec des dents
C'est le quatrième principe. Le futur arrangement doit déterminer à l'avance qui supervise, qui est autorisé à entrer sur le territoire, qui vérifie les violations et ce qui se passe après la découverte d'une violation. Fini la force internationale qui photographie, rapporte et se contente d'un rapport.
Chaque violation doit immédiatement être portée devant le Conseil de sécurité. Les violations graves doivent déclencher des sanctions économiques et personnelles. Et un État ou une organisation qui viole un accord encore et encore doit savoir que l'accord lui-même ne les protégera pas. Parce qu'un accord sans prix pour sa violation n'est pas un accord de sécurité. C'est un morceau de papier.
L'objectif : prévenir la prochaine guerre. Certains diront qu'exiger de telles frontières fera d'Israël un État agressif. C'est tout le contraire. Un État qui recherche une frontière claire, une profondeur stratégique, une zone tampon et un mécanisme de supervision est un État qui cherche à prévenir la guerre. Le véritable objectif d'une frontière n'est pas seulement de marquer où commence un autre État. L'objectif est de déterminer où s'arrête la capacité de l'ennemi à vous approcher.
La guerre « Épées de fer » doit se terminer non seulement par une défaite militaire des ennemis d'Israël, mais par un changement conceptuel profond. Fini les frontières déterminées uniquement par ce qui semble bon sur une carte. Fini les accords qui supposent que l'autre partie les respectera simplement parce qu'elle a signé. Et fini la dépendance envers des forces internationales incapables de faire respecter leur mandat.
Israël a besoin de frontières que la nature aide à défendre, d'espaces tampons qui lui donnent du temps d'alerte, de mécanismes de supervision qui identifient les violations et d'une capacité militaire claire pour détruire toute menace construite au-delà. Parce qu'une paix véritable ne commence pas par une ligne tracée sur une carte. Une paix véritable commence par une frontière que l'ennemi ne peut pas franchir.
L'auteur est un ancien commandant de la cellule de coordination opérationnelle avec l'armée américaine, commentateur politique et sécuritaire, et chroniqueur.



