La mutinerie du bataillon «Tzabar» n'est pas un cas isolé : histoire des rébellions au sein de Tsahal
De la frontière libanaise à l'escadron opérationnel, la discipline militaire au sein de Tsahal a toujours été considérée comme l'une des valeurs centrales. Cependant, au cours des décennies d'existence de l'État, il y a eu pas mal de moments dramatiques où cette machine bien huilée a grincé bruyamment.
De la frontière libanaise à l'escadron opérationnel, la discipline militaire au sein de Tsahal a toujours été considérée comme l'une des valeurs centrales. La hiérarchie est claire, un ordre est un ordre, et l'on suppose qu'à l'heure du besoin, tout le monde se met au garde-à-vous. Cependant, au cours des décennies d'existence de l'État, il y a eu pas mal de moments dramatiques où cette machine bien huilée a grincé bruyamment.
Qu'il s'agisse de combattants épuisés qui en avaient assez de l'attitude du commandement, de gardiens de prison ayant perdu le contrôle d'une prison militaire, ou de pilotes ayant pris les clés du cockpit pour lancer un ultimatum au gouvernement. Une histoire turbulente des moments où l'armée s'est retrouvée à se battre de l'intérieur.
La nuit où la prison 6 a brûlé
S'il y a un événement qui est gravé comme le pire cauchemar du système militaire, c'est bien celui du 9 août 1997. Par un après-midi chaud à la base de détention 396 près d'Atlit, des années de surpeuplement étouffant, de punitions sévères et un sentiment d'humiliation profonde au sein de la compagnie Gimmel ont culminé en des heures de folie.
Des dizaines de détenus ont attaqué les commandants de secteur, se sont emparés des clés, se sont armés de barres de fer et, en un instant, sont passés du statut de prisonniers à celui de seuls maîtres de la base. 11 membres du personnel ont été pris en otage, dont des officiers supérieurs, et retenus dans un secteur fortifié sous la menace.
Pendant une journée tendue, tout un pays était sur le qui-vive. Des unités d'élite se tenaient en nombre à l'extérieur des clôtures, prêtes à donner l'assaut, tandis qu'à l'intérieur de la salle de guerre, des officiers supérieurs menaient des négociations éprouvantes pour éviter un bain de sang.
La mutinerie a fini par se terminer sans perte de vie humaine, mais elle a ébranlé l'état-major général jusqu'à ses fondations. La commission d'enquête établie dans la foulée a complètement modifié le système de détention militaire et a conduit à des conditions humaines et à une surveillance beaucoup plus étroite.
Les « désertions de base » et les fissures dans le mur de l'ancienneté
Sur le terrain, loin des bureaux de l'état-major, un phénomène d'un tout autre genre s'est développé au fil des ans : les « mutineries de combattants ». Pas une protestation politique, mais le cri de soldats qui se sentent piétinés par le système. Dès 1977, des combattants du 12e bataillon de la brigade Golani ont quitté la base pour protester contre un traitement honteux, un phénomène qui s'est répété exactement dans la même brigade vingt ans plus tard. Le point culminant a été atteint en 2007, lorsque ces mêmes combattants du 51e bataillon ont déposé les armes, tourné le dos au poste opérationnel dans le nord et sont rentrés chez eux pour protester contre la nomination d'un nouveau commandant de compagnie extérieur à la brigade.
Des incidents similaires ont été enregistrés dans d'autres brigades, comme en 2002, au plus fort de la Seconde Intifada, lorsque de nombreux combattants du bataillon Shaked de la brigade Givati ont refusé de poursuivre leurs activités opérationnelles en raison d'une pression inhumaine et d'un sentiment d'épuisement sévère resté sans réponse. L'armée a répondu dans tous ces cas d'une main de fer : peines de prison effectives et renvois de commandement, mais le message a été bien reçu : on ne peut pas tirer sur la corde du commandement indéfiniment.
Les lettres de refus et la tempête idéologique
Parallèlement aux mutineries d'unités, Tsahal a dû faire face à maintes reprises à des vagues de protestation qui ont débordé directement de l'arène politique. Cela a commencé dès la Première guerre du Liban en 1982, lorsque le colonel Eli Geva, un commandant de brigade blindée respecté, a annoncé qu'il ne mènerait pas ses soldats à Beyrouth pour des raisons de conscience. Une mesure qui a choqué le haut commandement. Cela s'est poursuivi lors du plan de désengagement en 2005 et par la suite en 2009, lorsque des combattants de la brigade Kfir ont brandi des pancartes au milieu de cérémonies officielles au Mur des Lamentations et sur les bases, déclarant : « Samson n'expulse pas les Juifs ».
Mais l'événement qui a tendu la corde nationale à la limite est survenu autour de la législation sur la réforme judiciaire. Ce qui a commencé comme des déclarations individuelles s'est transformé en un tsunami qui menaçait de paralyser la capacité opérationnelle de Tsahal, lorsque des dizaines et des centaines de pilotes de chasse, de navigateurs et de membres d'équipage de réserve ont signé des lettres déclarant qu'ils cesseraient de se présenter au service de réserve actif.
Leur argument était sans précédent : « Un contrat signé avec un État démocratique n'est pas valide si l'État change de visage ». Ils ont été rejoints par des centaines d'unités de commandos d'élite, de membres du renseignement, d'experts en cybernétique et de médecins militaires. Il ne s'agissait plus d'une protestation marginale de soldats subalternes, mais d'une menace qui a grimpé jusqu'au cabinet de sécurité.
L'histoire de la mutinerie au sein de Tsahal est finalement le miroir de toute la société israélienne. Qu'il s'agisse du cri des prisonniers pour la dignité humaine, de la protestation des combattants pour un traitement équitable ou de l'avertissement des réservistes sur le caractère de l'État : l'armée n'a jamais été une île isolée. Chaque fois, la ligne ténue entre l'ordre et la mutinerie est tendue à la limite, forçant le système militaire à comprendre que l'autorité ne s'obtient pas seulement par les grades, mais principalement par la confiance.