"J'aime Guri pour ce qu'il est. Les titres, l'argent et le succès peuvent s'effondrer en un instant"
Sheri Alfi-Nissan — actrice, chanteuse, écrivaine et chercheuse à Oxford — réfléchit sur la culture de la réalisation de soi, ses racines irakiennes et la vie dans l'ombre de sa célèbre famille. À l'occasion de la sortie de son nouveau roman, « Seulement dans la joie », elle partage ses réflexions sur les raisons pour lesquelles la poursuite du succès peut mener à un sentiment de manque, et discute du maintien de liens étroits avec son frère, Guri Alfi, et ses parents tout en vivant en Angleterre.

"Autrefois, les romans sur le passage à l'âge adulte mettaient en scène des adolescents. Aujourd'hui, le protagoniste a souvent 40 ans. Pour moi, 'Seulement dans la joie' n'est pas seulement un livre sur la grossesse ou la monoparentalité ; c'est une histoire comique sur une héroïne qui, à 40 ans, trouve enfin la capacité de se sentir à l'aise en dehors des attentes de ses parents", explique Sheri Alfi-Nissan à propos de Merav Mansour, le personnage principal de son nouveau roman. Sheri elle-même — docteure en sociologie de 45 ans, auteure et actrice — admet que, contrairement à son personnage, elle ne cherche pas à s'éloigner de sa famille, malgré sa vie à Oxford en tant que post-doctorante avec son mari, Ruby, et leurs trois filles.
Fraternité et racines
Sheri est la plus jeune enfant du légendaire conteur Yossi Alfi. Elle poursuit son héritage en développant une méthode de « storytelling des connaissances », qu'elle utilise pour enseigner la culture israélienne en Angleterre. Lorsqu'on l'interroge sur sa relation avec son célèbre frère, Guri Alfi, elle répond :
"La fraternité est une chose complexe. Heureusement, ces dernières années, nous avons d'excellentes relations. J'aime Guri pour ce qu'il est. Les titres, l'argent et le succès sont des choses qui peuvent s'effondrer en un instant, et le sens d'être humain réside dans les relations que vous entretenez avec ceux qui vous entourent."
La famille Alfi-Nissan maintient ses traditions même en vivant dans un village anglais. "Nous sommes les seuls Juifs de la région, et nos voisins adorent venir pour les dîners du vendredi soir. La table est toujours pleine, et c'est un événement qui les fascine", partage-t-elle.
Un regard critique sur la « culture du succès »
Dans ses recherches, Alfi-Nissan critique la culture du « réalise-toi » prévalente chez la Génération I (la génération Internet). Elle appelle cela de l'« optimisme cruel » :
"Lorsque nous pensons que le ciel est la limite, nous nous accrochons à un récit qui nous rend malheureux. La poursuite des millions ou du statut nous laisse avec un sentiment constant de manque. Nous sommes tellement concentrés sur nous-mêmes en tant que créateurs du monde que nous perdons notre capacité à mener une action politique commune."
C'est peut-être pour cette raison que Sheri évite les réseaux sociaux depuis des années, préférant la connexion humaine directe. "J'ai un panneau dans ma chambre qui dit : 'N'oublie pas tes rêves, ta capacité à rêvasser et à regarder les gens dans les yeux'. La modestie est ce que nos grands-mères nous ont transmis, et c'est quelque chose que je veux préserver", conclut-elle.





