Jackie Azulai : retour sur MasterChef et réalités financières
La cheffe Jackie Azulai se confie sur son retour dans MasterChef, brise le tabou de ses difficultés financières et réaffirme l'importance des repas faits maison.

Depuis ses débuts remarqués dans MasterChef, Jackie Azulai a tout traversé : de l'éclosion culinaire à un divorce ultra-médiatisé, en passant par de lourdes difficultés financières qui l'ont poussée à accepter n'importe quel travail pour subvenir à ses besoins. En faisant son retour dans l'émission culinaire, Azulai rappelle à tous qu'elle reste une figure incontournable du paysage gastronomique. Lors d'un entretien accordé à Nadav Bornstein, elle est revenue sur cette expérience télévisuelle, sur son choix de briser le tabou de la précarité financière, et sur l'importance cruciale, selon elle, d'un repas chaud à la maison après l'école.
Évoquant son parcours et ses origines, Azulai a évoqué ses clients. « Tous mes clients sont ashkénazes, les femmes marocaines n'achètent pas chez moi », a-t-elle confié, estimant que cela découle des priorités ancrées dans les foyers ashkénazes : « Chez eux, on encourageait d'autres domaines, on poussait vers les carrières et les études, tandis qu'on nous a enseigné à cuisiner. Qu'est-ce qui vaut mieux aujourd'hui ? Je ne sais pas. En tant qu'enfant, l'un des plus grands réconforts — et je suis choquée de voir un enfant rentrer chez lui sans qu'aucune bonne odeur ne flotte dans la maison — c'est de trouver un foyer chaleureux. »
La créatrice culinaire Efrat Anzel a partagé ce constat, expliquant qu'elle préparait elle aussi des repas pour ses enfants avant d'ouvrir sa célèbre épicerie fine, Ayla, ce qui a rendu les choses plus complexes. « J'ai connu les deux phases », témoigne Anzel. « Jusqu'à l'ouverture de mon entreprise, mes enfants avaient droit à un déjeuner chaud chaque jour. Depuis que j'ai ouvert Ayla, c'est différent ; je rapporte des plats de la boutique ou j'essaie de rentrer pour manger avec eux. Souvent, je ramène des spaghettis bolognaise, mon fils goûte et me dit : "Ce n'est pas toi qui les as faits." Il reconnaît toujours ma cuisine. »
La pression des fourneaux à la télévision
Revenant sur son retour dans MasterChef, Azulai admet qu'il s'agissait d'une épreuve délicate. « C'était amusant, mais c'était aussi très dur de replonger dans ce rythme auquel je ne suis plus habituée. Je pensais faire désormais partie des collègues des chefs. À la télévision, on voit une heure d'émission, mais laissez-nous du temps ! J'ai hésité à accepter, tant pour des raisons de timing que de pression, mais je ne pouvais pas refuser. C'est de là que je viens, et cela me semblait mal de dire non. Je me suis dit : "Que sera sera." Je n'avais aucune peur concernant ma cuisine, j'ai une confiance absolue en mon savoir-faire, mais j'appréhendais la pression et le chronomètre. »
Michal Epstein, qui avait fait un parcours similaire lors de la saison précédente avant de remporter la victoire, s'est reconnue dans ce témoignage : « Je me sens tellement proche de ce que dit Jackie. Quand on me l'a proposé, mon instinct a été de dire non, puis j'ai cherché à comprendre pourquoi. Il était évident que j'avais peur d'échouer, surtout en ayant désormais mes propres entreprises, des clients et un nom dans le milieu. C'est difficile à encaisser, mais je savais que je le regretterais si je ne m'offrais pas une nouvelle chance. C'est brutal, le premier jour de tournage est un choc immense. »
Briser le tabou de la précarité
Dans un entretien accordé à mako le mois dernier, Azulai avait révélé avoir exercé des emplois de ménage pour joindre les deux bouts. Une confidence forte qu'elle assume pleinement aujourd'hui. « Cela a fait du bien de libérer cette parole », confie-t-elle. « Il y a une véritable peur dans le milieu de dire la vérité, en particulier sur le plan financier. J'ai vu d'autres personnalités évoquer leurs difficultés sans que cela ne leur apporte le moindre grand contrat publicitaire, ce qui ne fait que vous enfoncer davantage. On craint que si l'on admet sa vulnérabilité, on ne soit rejeté dans un coin. Il faut toujours donner l'impression que tout va bien, alors c'était libérateur de le dire. »
Interrogée sur son passage par le nettoyage pour survivre, Azulai ne montre aucun regret. « Je n'ai pas honte, ni hier ni aujourd'hui. L'occasion s'est présentée de le dire, alors je l'ai fait. Il y a aussi quelque chose d'agaçant à voir les gens supposer que vous êtes millionnaire simplement parce qu'on vous voit à l'écran. Non, j'élèves quatre enfants seule, il faut amener une montagne d'argent. Il y a eu la guerre, le Covid, et dans notre métier, quand il n'y a pas de travail, il n'y a rien. On ne peut pas subitement occuper un poste de bureau ordinaire. C'est extrêmement difficile, mais il faut avancer. Je dois nourrir mes enfants, peu importe la manière. »
« Il y a un dicton qui dit qu'on ne meurt pas en tombant dans une rivière, mais en y coulant. On a le droit de chuter, mais pas de couler. Je me relève toujours, je suis travailleuse. »
Regarder vers l'avant
Qu'est-ce que ce retour a changé ? « Beaucoup de choses », sourit Azulai. On lui demande souvent si elle fait toujours de la cuisine. Pour elle, la cuisine est une évidence : « C'est comme respirer. On ne le voit pas toujours à l'écran, mais je cuisine dans des foyers, je m'investis dans d'autres projets. Des portes se sont ouvertes, de nouveaux contrats sont arrivés, et je remercie le Ciel de pouvoir continuer à faire vivre ma passion. »





