Israël perd progressivement son contrôle et sa gouvernance en Judée et Samarie
Un événement violent en suit un autre, le chef d'état-major est appelé à convoquer des évaluations de situation urgentes, et l'administration américaine exprime une inquiétude croissante face à l'impuissance du système de sécurité israélien face au phénomène de la terreur juive en Judée et Samarie. Au-delà du préjudice politique, il s'agit d'une tache morale qui pèse sur l'ensemble de la société israélienne.

Il est temps d'abandonner les euphémismes. Des expressions comme « jeunesse des collines », « prix à payer » (tag mehir), « troubles à l'ordre public », « criminalité nationaliste » et même « émeutiers » ne reflètent plus la gravité de la réalité. Il faut reconnaître qu'Israël perd progressivement son contrôle et sa gouvernance en Judée et Samarie. Cette perte de contrôle ne découle pas de la terreur palestinienne — qui, grâce à l'activité opérationnelle du Commandement central, a diminué à des niveaux très bas — mais de la propagation de la terreur juive, qui entache Israël et nuit à la majorité des citoyens respectueux des lois vivant dans les implantations.
La détérioration actuelle est le produit d'un processus continu, au centre duquel se trouve l'effritement de la conception opérationnelle complexe d'Israël dans les territoires conquis lors de la guerre des Six Jours. Cette conception visait à permettre l'existence d'une entreprise d'implantation d'importance stratégique au cœur d'une population hostile.
L'effondrement des mécanismes de retenue
Lorsque je commandais le secteur d'Hébron entre 2010 et 2012, quatre mécanismes de retenue étaient à ma disposition sous la forme d'un « poing de fer » opérationnel. Des forces qualifiées de Tsahal et de la police des frontières, aux côtés d'unités d'élite et de renseignements du Shin Bet, fonctionnaient comme une machine sophistiquée opérant selon la méthode de la « tonte de la pelouse ». Aujourd'hui, il est évident que ces quatre freins ont été usés jusqu'à la corde :
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L'Administration civile : chargée des constructions illégales. Depuis que la responsabilité en a été transférée au ministre Smotrich, elle a cessé de remplir son rôle d'équilibrage.
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La police d'Israël (district de Judée et Samarie) : depuis que le ministre responsable est Ben Gvir, l'application de la loi contre la criminalité nationaliste semble avoir cessé.
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La division de lutte contre la terreur juive au sein du Shin Bet : depuis la démission de son chef après des critiques sur les arrestations de militants d'extrême droite, la division peine à réaliser sa mission.
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Le parquet militaire : touché en termes d'image autour de l'affaire de Sde Teiman, il ne remplit plus son rôle de contrôle par le biais d'enquêtes.
Le résultat est l'effondrement de la conception systémique de l'État d'Israël. Tsahal est resté seul, sans les freins qui lui permettaient de gouverner en tant qu'armée d'un État démocratique.
Le changement de l'échelon tactique après le 7 octobre
Cet effondrement s'accompagne d'un défi profond : le changement de la société israélienne et des militaires après le massacre du 7 octobre. Nous sommes témoins de combattants qui ne croient plus en l'existence d'innocents du côté palestinien et de soldats de la défense territoriale apportant une idéologie personnelle contredisant les ordres officiels. Le haut commandement manque de courage pour commander fermement face à cette réalité.
L'implantation en périphérie a toujours été un élément vital de la sécurité d'Israël. La grande majorité des colons sont des citoyens respectueux des lois qui ont de l'aversion pour la terreur juive, mais ils ont peur d'éradiquer le phénomène parmi eux. Ils s'abstiennent d'exiger fermement des ministres qui les représentent d'utiliser leur autorité : que Ben Gvir active la police, que Smotrich fasse respecter la loi contre les constructions illégales, et que le ministre de la Défense exige du Shin Bet qu'il utilise la détention administrative contre les terroristes juifs.
Tant que cela n'arrivera pas, la direction du sionisme religieux coupe elle-même la branche sur laquelle elle est assise. Pour rétablir la gouvernance, il n'est pas nécessaire d'avoir plus de discussions au cabinet ; il faut revenir aux fondements de la conception opérationnelle qui nous a permis de vaincre le terrorisme et de rester des êtres humains.
Général de brigade (rés.) Guy Hazut, chercheur principal à l'INSS et ancien commandant de la brigade d'Hébron.



