Combien coûte la création d'un parti politique en Israël ?
Une analyse des 170 partis politiques enregistrés en Israël examine les coûts financiers et bureaucratiques de la création d'un nouveau parti en vue des élections, ainsi que les règles de financement de l'État.

Le paysage politique israélien est notoirement fragmenté, alimenté par le sentiment national selon lequel pour deux citoyens, il existe au moins trois opinions. Selon les données du ministère de la Justice, entre 2019 et 2024, pas moins de 66 nouveaux partis ont été créés, portant le total actuel des partis enregistrés dans le pays à 170. À l'approche des prochaines élections pour la 26e Knesset, où 38 listes devraient s'affronter, un examen plus approfondi révèle combien coûte la création d'un parti et si n'importe qui peut le faire.
Les démarches administratives et les frais initiaux
Sur le papier, la procédure est relativement simple. Tout d'abord, les fondateurs doivent choisir un nom pour le parti, définir ses objectifs, rédiger des statuts et recruter au moins 100 citoyens israéliens adultes résidant dans le pays qui acceptent de signer la demande de création. Le ministère de la Justice recommande même de rassembler 120 fondateurs pour parer à toute invalidation de signature. En outre, chaque fondateur doit faire authentifier sa signature et soumettre une déclaration sous serment de résidence devant un avocat. Les frais d'enregistrement s'élèvent à 2 667 shekels,auxquels s'ajoutent des frais juridiques qui dépendent du nombre de fondateurs et des services requis.
Cependant, la dépense la plus importante intervient à l'étape suivante. La loi exige la publication de la demande de création du parti dans le journal officiel et dans au moins trois quotidiens afin de permettre au public de formuler des objections. Selon les estimations, les coûts de publication peuvent atteindre environ 35 000 shekels. Conjugués aux frais d'enregistrement, les débours initiaux s'élèvent à environ 37 667 shekels, hors honoraires d'avocat. Le ministère de la Justice indique que le traitement de la demande peut prendre jusqu'à 45 jours en l'absence d'objections.
Financement des campagnes et subventions étatiques
Créer un parti n'est que la première étape, car participer à des élections exige des sommes bien plus importantes. Les partis doivent financer la publicité, les sondages, les conseillers et les militants. C'est ici qu'intervient l'État : pour les prochaines élections, l'unité de financement est fixée à 1,835 million de shekels. Dans le cadre d'un amendement législatif approuvé cette année, les nouveaux partis éligibles peuvent recevoir des avances allant jusqu'à dix unités de financement, soit 18,35 millions de shekels, sous réserve de garanties appropriées.
Il existe également une disposition surprenante : même un parti qui ne parvient pas à faire entrer un seul député à la Knesset peut recevoir des fonds de l'État. Selon la loi sur le financement des partis, une liste qui obtient plus de 1 % des suffrages exprimés sans franchir le seuil électoral de 3,25 % peut avoir droit à une unité de financement, soit 1,835 million de shekels. À l'inverse, un parti ayant dépensé des sommes considérables sans obtenir de résultats risque de se retrouver lourdement endetté.
Les partis dormants comme alternative
Pour ceux qui souhaitent éviter la procédure d'enregistrement, une autre option existe : utiliser un parti déjà enregistré, souvent en modifiant sa direction ou ses statuts. Cette méthode a été utilisée par Naftali Bennett et Ayelet Shaked fin 2018 lorsqu'ils ont fondé la Nouvelle Droite en reprenant un parti existant. Un autre exemple est celui d'Oren Hazan, qui s'est présenté en 2019 à la tête du vieux parti Tzomet.
Sur les 170 partis enregistrés en Israël, seule une fraction participe activement aux élections à la Knesset. En fin de compte, si la création d'un parti demande des efforts administratifs et des dizaines de milliers de shekels, le véritable défi reste de convaincre suffisamment d'électeurs israéliens.




