L'Iran double le prix de l'essence non subventionnée face à la crise du carburant

L'Iran va doubler le prix de l'essence non subventionnée à 10 000 tomans (4,4 cents) le litre dès mardi. Cette hausse ciblée du gouvernement de Masoud Pezeshkian vise à réduire un lourd déficit budgétaire tout en évitant de raviver les émeutes de 2019.

CalcalistAuteur : Doron Peskin
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L'Iran double le prix de l'essence non subventionnée face à la crise du carburant
Photo : Calcalist / צילום: ATTA KENARE / AFP

Le gouvernement iranien va doubler le prix de l'essence non subventionnée à partir de mardi, une mesure qui illustre la gravité de la crise qui frappe le secteur énergétique du pays. Le tarif de l'essence achetée au-delà des quotas subventionnés passera de 5 000 à 10 000 tomans par litre. Même après ce doublement, le nouveau prix ne représente qu'environ 4,4 cents de dollar par litre au taux de change du marché libre.

Cette décision est appliquée avec une extrême prudence, les dirigeants iraniens étant conscients de la sensibilité sociale entourant le prix des carburants. Le système actuel reste inchangé pour les quotas de base : les automobilistes iraniens continueront de bénéficier d'un quota mensuel de 60 litres au prix très subventionné de 1 500 tomans par litre (environ 0,7 cent) et de 50 litres supplémentaires à 3 000 tomans par litre (environ 1,3 cent). Seul le carburant acheté au-delà de ces limites, ou via la carte de la station-service, sera facturé au nouveau tarif de 10 000 tomans. Le gouvernement a explicitement annoncé que les deux quotas subventionnés resteraient inchangés. En dollars, le coût total des 110 litres subventionnés s'élève à seulement 1,06 dollar.

Un déficit structurel et des tensions d'approvisionnement

Derrière ces prix dérisoires se cache une crise structurelle profonde. Bien qu'il soit l'un des plus grands producteurs de pétrole au monde, l'Iran consomme des volumes massifs d'essence en raison de tarifs artificiellement bas, d'un parc automobile vieillissant et de transports publics insuffisants. Selon la compagnie nationale de distribution des produits pétroliers, la consommation moyenne s'élevait à environ 124 millions de litres par jour en début d'année iranienne, avec des pics bien plus élevés durant l'été. Les responsables du secteur signalent un écart important entre la demande et les capacités de raffinage locales.

Les tensions géopolitiques et les difficultés d'importation ont aggravé la situation. Des rapports récents indiquent que l'Iran fait face à un déficit quotidien de plusieurs millions de litres d'essence, suite à des dommages subis par certaines infrastructures de raffinage et à des obstacles croissants pour importer le carburant manquant. Pour le gouvernement, le maintien de subventions aussi massives est devenu un fardeau budgétaire insoutenable.

L'ombre des manifestations de 2019

La question du carburant est hautement politique et explosive en Iran. En novembre 2019, une hausse soudaine des prix de l'essence avait déclenché des manifestations massives et de violents affrontements à travers le pays. Ce souvenir pèse lourdement sur la stratégie du gouvernement du président Masoud Pezeshkian. En préservant les deux quotas subventionnés de base et en ciblant uniquement la consommation excédentaire, le pouvoir tente de prévenir une explosion sociale.

La porte-parole du gouvernement, Fatemeh Mohajerani, a présenté cette décision comme une mesure de gestion de la consommation et de stabilisation de l'approvisionnement, affirmant que les recettes supplémentaires seraient réaffectées à l'aide sociale. Les médias économiques officiels soutiennent également que les subventions actuelles profitent de manière disproportionnée aux ménages aisés possédant plusieurs véhicules.

Pour la population, il est évident que même à 10 000 tomans le litre, ce tarif reste très éloigné du coût réel de production. Cette hausse apparaît comme un ballon d'essai pour un gouvernement asphyxié financièrement, cherchant à évaluer sa marge de manœuvre pour réduire les subventions sans provoquer de révolte populaire. Pour le président Pezeshkian, il s'agit d'un test politique majeur.

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