La Hongrie trace sa voie vers l'adoption de l'euro d'ici 2032
Le Premier ministre hongrois Peter Magyar a présenté un calendrier visant l'adoption de l'euro d'ici 2032, cherchant à ancrer la discipline budgétaire malgré un déficit élevé et des défis structurels.

Le Premier ministre hongrois Peter Magyar a annoncé la semaine dernière que Budapest devrait réduire considérablement son déficit pour s'engager sur la voie de l'adhésion à la zone euro. Le budget 2027 et un plan budgétaire pluriannuel seront présentés ce mois-ci, accompagnés d'un calendrier déjà publié par la banque centrale hongroise : l'entrée dans le mécanisme de taux de change (MCE II) en 2029, le respect des critères en 2030, une décision finale en 2031 et l'adoption de la monnaie unique le 1er janvier 2032.
Dans un pays comme la Hongrie, cet horizon ressemble à une éternité. L'urgence de cette démarche est éminemment politique, bien avant d'être économique. Magyar, qui a évincé Viktor Orban en avril après 16 années consécutives au pouvoir, cherche à ancrer la Hongrie dans un cadre institutionnel qu'un futur gouvernement ne pourra pas facilement briser. L'objectif est d'empêcher un retour au populisme économique qui a caractérisé l'ère Orban. L'euro constitue l'outil idéal, ou plus précisément, l'abandon de la politique monétaire nationale. Une fois la monnaie européenne adoptée, les décisions relatives aux taux d'intérêt seront prises à Francfort et non plus à Budapest.
L'opinion publique soutient largement cette transition. Selon le dernier sondage Eurobaromètre, 80 % des Hongrois se prononcent en faveur du remplacement de la monnaie nationale, le taux le plus élevé jamais enregistré dans le pays. Le problème réside dans le fait que la Hongrie ne remplit actuellement aucun des critères de convergence de Maastricht fixés pour l'entrée dans la zone euro. Magyar l'a d'ailleurs admis en juin, soulignant qu'au moment de son adhésion à l'Union européenne il y a 22 ans, la Hongrie était plus proche de l'euro qu'elle ne l'est aujourd'hui.
Le défi du déficit et de la dette
L'histoire commence par le déficit public. Le gouvernement sortant d'Orban avait programmé pour 2026 un déficit de 3,7 % du PIB. Un audit mené par la nouvelle administration a révélé que sans l'aide européenne, ce déficit aurait atteint 8,3 %. L'objectif révisé s'établit à 7,5 %, soit deux fois et demie le plafond européen. C'est la conséquence directe d'une campagne électorale dispendieuse. L'agence de notation Fitch a évalué le coût des mesures de soutien distribuées avant le scrutin à 2,1 % du PIB. La Hongrie demeure sous le coup d'une procédure européenne concernant les déficits excessifs (PDE), et son solde public n'est pas repassé sous la barre des 3 % depuis 2020.
La dette publique aggrave le tableau. En 2025, elle s'élevait à 74,6 % du PIB et la Commission européenne prévoit qu'elle grimpera à 76,8 % en 2027, au lieu de converger vers le seuil des 60 %. Magyar lui-même a qualifié la réduction de la dette de tâche la plus ardue de son mandat.
Inflation et perspectives de marché
En apparence, l'inflation semble maîtrisée : 1,6 % en septembre après 1,2 % en juillet, son niveau le plus bas depuis 2016. Mais ce chiffre est trompeur. Les prix des services augmentent à un rythme annuel de 4,9 %, et la décélération générale repose principalement sur l'alimentation, l'énergie et surtout sur un forint qui s'est raffermi depuis les élections. Les prévisions indiquent une remontée de l'inflation autour de 3,5 % au début de l'année 2027. Le traité de Maastricht exige une stabilité durable, et la Banque centrale européenne estime que la Hongrie dépasse toujours les valeurs de référence.
Tout cela intervient avant l'obstacle incontournable d'un séjour d'au moins deux ans dans la « salle d'attente » du MCE II, durant lequel le forint devra maintenir sa stabilité face à l'euro. Le vice-gouverneur de la banque centrale a rappelé que les pays y séjournent généralement plus longtemps que le minimum requis, et qu'avec une devise flottante comme le forint, la tâche s'annonce plus complexe que pour la Croatie et la Bulgarie, derniers membres entrés dans la zone.
Les marchés financiers ont largement intégré ce scénario. Le rendement des obligations souveraines à dix ans a reculé de 170 points de base depuis le début de l'année, passant sous celui de la Pologne, qui bénéficie pourtant d'une meilleure notation de crédit. Toutefois, les agences de notation n'ont pas encore relevé leurs perspectives, et la donnée décisive n'a pas encore été publiée : le budget 2027.
Un tournant décisif pour le pays
C'est là que réside le véritable tournant. Après avoir promis cet été que le chemin vers l'euro n'imposerait pas de politique d'austérité, Magyar a récemment évoqué des coupes budgétaires substantielles. Le test sera redoutable : Magyar a gagné en partie grâce à la promesse de doubler les allocations familiales, de maintenir les 13e et 14e mois de pension et de réduire la TVA sur les produits alimentaires sains. Il sera difficile de combler un écart de déficit d'environ 4,5 points de PIB sans renier une partie de ces engagements.
Au-delà de l'économie, la portée profonde de cette initiative est le transfert d'une partie de la discipline budgétaire de Budapest vers Francfort et Bruxelles. Bien que l'euro ne constitue pas une immunité absolue contre le populisme — la Grèce l'a illustré — il prive les gouvernements de la possibilité de manipuler la monnaie ou de solliciter directement la banque centrale. Magyar a également précisé que l'adoption de la monnaie unique fera l'objet d'une décision politique distincte, ouvrant la voie à une consultation populaire.
La ligne d'arrivée reste lointaine et parsemée d'embûches. En 2030, année où la Hongrie est censée satisfaire à tous les critères, se tiendront des élections législatives, un scrutin traditionnellement propice au laxisme budgétaire. Malgré les précédents historiques de calendriers avortés, l'approche de Magyar offre un ancrage pluriannuel inédit qui engage l'avenir du pays au-delà des échéances électorales.





