Yémen : l'avancée houthie et les frappes en Arabie saoudite secouent le marché pétrolier
La progression des Houthis au Yémen et les attaques contre les infrastructures énergétiques saoudiennes aggravent les tensions sur les marchés pétroliers mondiaux, réduisant les capacités d'exportation et faisant exploser les prix du gazole.

La récente dynamique houthis redéfinit la signification de la guerre au Yémen pour les marchés énergétiques mondiaux. En peu de temps, les Houthis se sont emparés de la ville portuaire de Mocha, ont atteint la zone de Bab el-Mandeb et ont capturé Mayon, Zoukar et d'autres îles auparavant contrôlées par les forces identifiées comme fidèles au gouvernement yéménite. Ainsi, les Houthis ont achevé leur contrôle de la côte occidentale yéménite et de la zone du détroit. Cette domination ne leur confère pas automatiquement la capacité de bloquer chaque navire transitant entre le Yémen et la Corne de l'Afrique, mais elle rapproche des systèmes de missiles, des drones, des dispositifs de surveillance et de petites embarcations de l'une des routes commerciales les plus sensibles au monde.
C'est le timing qui confère à cet événement yéménite une portée bien plus considérable. Depuis le déclenchement du conflit avec l'Iran, la mer Rouge est devenue une composante du système de secours des exportations énergétiques du Golfe. Selon l'Agence américaine d'information sur l'énergie (EIA), le volume de pétrole et de produits pétroliers transitant par Bab el-Mandeb est passé de 5,4 millions de barils par jour au dernier trimestre 2025 à 8,1 millions au deuxième trimestre 2026. Durant la même période, le trafic à Hormuz s'est effondré de 21.6 millions de barils par jour à seulement 4,9 millions.
L'attaque contre le pipeline et la triple vulnérabilité
Jeudi dernier, cette police d'assurance a également été frappée. Le ministère saoudien de l'Énergie a annoncé que le pipeline avait été attaqué en plusieurs points dans les régions de Riyad et d'Al-Medina, et que son fonctionnement avait été suspendu à titre précautionneux. Le ministère saoudien des Affaires étrangères a affirmé que les drones provenaient d'Irak. Bagdad a confirmé que les tirs avaient été lancés depuis la province de Maysan, a limogé le commandant des opérations locales et a ouvert une enquête. L'identité exacte du commanditaire n'a pas été publiée, mais les médias arabes l'attribuent à des milices affiliées à l'Iran.
Cela signifie que l'Arabie saoudite fait désormais face à trois sources de vulnérabilité simultanées : le détroit d'Hormuz est restreint, la route terrestre destinée à le contourner a été attaquée, et à son extrémité occidentale se trouve Bab el-Mandeb sous une menace houthie beaucoup plus proche qu'auparavant. Le problème transparaissait déjà dans les données de production avant l'attaque contre le pipeline. Dans un rapport publié vendredi par l'Agence internationale de l'énergie (AIE), la production pétrolière saoudienne en août a été estimée à seulement 5,97 millions de barils par jour, contre 8,24 millions en juillet.
Impact économique mondial et crise du gazole
L'Arabie saoudite dispose d'une capacité de production durable évaluée par l'AIE à plus de 12 millions de barils par jour, illustrant l'écart entre la capacité de production théorique et la possibilité de commercialiser et d'acheminer le pétrole en toute sécurité en temps de guerre. Même un cours d'environ 105 dollars le baril, niveau auquel le Brent se négociait lors de la publication du rapport de l'AIE, ne constitue pas nécessairement une bonne nouvelle pour Riyad. Chaque baril vendu rapporte davantage, mais l'Arabie saoudite produit et exporte bien en deçà de son potentiel.
Le marché mondial a appris au cours des dernières décennies à mesurer la capacité de production excédentaire comme le coussin de sécurité central face aux crises. Les événements actuels rappellent qu'une capacité excédentaire ne sert à rien si les voies d'exportation elles-mêmes deviennent le goulot d'étranglement.
L'AIE pointe déjà du doigt un marché soumis à des tensions exceptionnelles. Les stocks mondiaux observés ont chuté depuis février de 507 millions de barils, dont 95 millions pour le seul mois d'août. Les exportations totales de pétrole des pays du Golfe en août s'élevaient à environ 13 millions de barils par jour, soit près de la moitié du niveau d'avant-guerre. Pour le gazole, la situation est plus critique : les exportations nettes du Golfe ont chuté à 390 000 barils par jour, soit un peu plus du quart du niveau d'avant-guerre. Les prix du gazole aux États-Unis ont franchi début septembre un niveau équivalent à 200 dollars le baril, transformant la crise en menace inflationniste.
Implications pour Israël
Du point de vue d'Israël, l'économie peut réorienter son activité vers Haïfa et Ashdod. L'expérience de la première vague d'attaques houthies fournit des motifs d'optimisme mesuré. Une étude de la Banque d'Israël a révélé que malgré un allongement d'environ 114% de la route maritime entre la Chine et Israël, aucune baisse significative des importations en provenance d'Asie ni aucune hausse marquée des prix à l'importation n'ont été enregistrées au premier semestre 2024. L'économie a su s'adapter.
Ce cycle actuel diffère car le coup porté au trafic maritime coïncide avec la crise du pétrole et des produits raffinés. Le port d'Eilat est d'ores et déjà presque paralysé et la prise de contrôle par les Houthis de la rive yéménite de Bab el-Mandeb réduit encore la perspective d'un retour rapide des lignes maritimes régulières. Israël conserve toutefois un atout majeur : environ 73% de son électricité est produite à partir de gaz naturel, en grande majorité d'origine locale, l'isolant des chocs directs sur les prix des carburants pour la production d'électricité.





