Israël : projet de transfert des raffineries de Haïfa vers le Néguev pour 6 milliards
Le ministère de l'Énergie préconise le transfert des raffineries Bazan de Haïfa vers le Néguev pour 5 à 6 milliards de dollars afin de garantir la sécurité énergétique du pays.

Le ministère de l'Énergie recommande de relocaliser les raffineries de pétrole de la baie de Haïfa vers Mishor Rotem, dans le Néguev, pour un coût estimé entre 5 et 6 milliards de dollars. Cette recommandation s'inscrit dans le cadre d'une décision gouvernementale de 2022 visant à fermer définitivement les raffineries du groupe Bazan d'ici la fin de la décennie et à baser l'économie israélienne sur des carburants importés stockés dans des sites sécurisés.
Cette proposition figure dans une nouvelle étude stratégique réalisée pour l'administration du carburant et du gaz du ministère de l'Énergie par le cabinet de conseil BDO. Elle intègre les enseignements de la guerre du 7 octobre, qui a débuté il y a près de trois ans, et répond aux craintes concernant la sécurité de l'approvisionnement en carburant en cas d'urgence.
Récemment, la direction de Bazan a sollicité le président du Conseil national de l'économie, le professeur Avi Simhon, en réclamant plus de 5 milliards de dollars de compensation pour l'évacuation de l'industrie pétrochimique de la baie de Haïfa. Selon le modèle proposé, le transfert de Bazan vers le Néguev serait financé par l'État, évitant ainsi de verser des milliards de dollars d'indemnités directes aux frais du contribuable.
Financement et technologies d'avenir
Chen Herzog, économiste en chef chez BDO, estime que les nouvelles installations de raffinage dans le sud pourraient être construites d'ici 2033. Ce calendrier permettrait de concilier le développement de la baie de Haïfa et l'éloignement de l'industrie pétrochimique avec le maintien de la sécurité énergétique du pays. Selon Herzog, les recettes de la taxe carbone, estimées à environ 9 milliards de dollars sur les deux prochaines décennies, pourraient financer ce transfert.
La nouvelle raffinerie proposée par le ministère de l'Énergie serait de type « hybride », permettant à la fois le raffinage du pétrole brut et la production de carburants d'avenir, notamment du carburant d'aviation durable (SAF). Le projet prévoit également de renforcer les infrastructures de stockage, de transport et d'importation.
Enjeux de sécurité nationale
Le ministère de l'Énergie souligne qu'une dépendance exclusive aux importations de produits raffinés exposerait le pays à un risque d'embargo de la part des fournisseurs en cas de guerre. Cette position est partagée par l'Autorité nationale des urgences (NEMA) du ministère de la Défense, qui a déclaré :
« Israël doit impérativement conserver une capacité de production de produits raffinés sur son territoire et ne peut dépendre uniquement de l'importation de carburants finis. »
La NEMA a averti qu'aucune mesure de fermeture de Bazan ne devrait être prise avant la mise en service de la raffinerie de Mishor Rotem, sous peine de compromettre gravement la continuité énergétique de l'État.
La vulnérabilité du site de Haïfa a été mise en évidence lors de tensions avec l'Iran, au cours desquelles le complexe de Bazan a été la cible de missiles balistiques. En 2025, une frappe a causé la mort de trois employés et détruit une centrale électrique sur le site. Les partisans du déménagement soulignent le danger pour les populations locales, tandis que les opposants estiment que la durée des conflits actuels renforce la nécessité de limiter la dépendance extérieure.
Toutefois, la publication de ce rapport à seulement 50 jours des élections législatives rend incertaine la mise en œuvre rapide de ce plan, qui pourrait être légué au prochain gouvernement. Le professeur Avi Simhon a refusé de commenter ces recommandations.
Le groupe Bazan a réagi dans un communiqué :
« La reconnaissance de l'importance vitale d'une capacité de raffinage locale et indépendante pour la sécurité énergétique d'Israël impose de préserver les capacités de Bazan. Le groupe continuera à collaborer avec l'État pour garantir l'indépendance énergétique du pays. »

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