Le Festival de Haïfa s'ouvre avec « Nos amours » d'Avi Nesher et des auteurs mondiaux
Le 42e Festival du film de Haïfa s'ouvre avec « Nos amours » d'Avi Nesher et une pléiade de cinéastes internationaux. Nos critiques analysent les temps forts de la programmation.

Le 42e Festival international du film de Haïfa s'ouvre sur un clin d'œil saisissant à l'année 2023. Le film d'ouverture du festival, projeté le samedi soir pour marquer la fin de la fête de Souccot, sera « Nos amours », le nouveau long-métrage d'Avi Nesher, âgé de 74 ans. Le film met en scène une galerie de personnages persuadés que le 6 octobre est le pire jour de leur vie, avant de se réveiller le 7 octobre 2023. Lors de la même cérémonie, Nesher recevra un prix pour l'ensemble de sa carrière.
Une programmation internationale prestigieuse
L'année 2026 s'annonce exceptionnelle pour les réalisateurs de renom, dont plusieurs œuvres marquent la programmation du festival. Parmi eux figurent Ryusuke Hamaguchi, représentant du Japon aux Oscars bien que son film se déroule en France, et son homologue japonais Hirokazu Kore-eda. L'affiche compte également le Français François Ozon et son confrère Olivier Assayas — qui a réalisé un film sur Vladimir Poutine —, le Russe Andrey Zvyagintsev (actuellement représentant de la France aux Oscars), le Britannique Danny Boyle, l'Italien Nanni Moretti (auteur d'un film inspiré d'Eshkol Nevo) et l'Iranien Asghar Farhadi, qui travaille actuellement en France.
C'est une liste de têtes d'affiche particulièrement impressionnante pour des premières en festival. À ce palmarès s'ajoutent les noms des Espagnols Javier Ambrossi et Javier Calvo, lauréats du prix de la mise en scène cette année à Cannes, dont le film « Boule noire » a déjà été présenté au Festival du film de Jérusalem et s'est révélé être un véritable chef-d'œuvre. Ce film à lui seul vaut le déplacement à Haïfa.
Coups de cœur et recommandations du festival
Laissant de côté les grands noms, voici quelques films de la programmation que nous avons déjà pu découvrir, accompagnés de recommandations, d'avertissements et de quelques déceptions.
« Le Ciel » est un film étrange, loufoque et hors du commun. Alberto Schammah, invité d'honneur du festival, est un réalisateur espagnol vivant en Angleterre mais qui a tourné son œuvre en Bolivie. C'est une sorte de conte fantastique et religieux aux teintes psychédéliques, doté d'une palette chromatique saisissante. L'histoire suit une fillette de huit ans qui, dans la première scène, avale un poisson, assassine son père dans la deuxième, puis tue sa mère dans la troisième pour l'enfermer dans un tonneau rempli de sel. Elle entame alors un périple au volant d'un camion offert par un prêtre, avec pour objectif d'amener sa mère au paradis : le ciel.
« La Lune est mon père » marque le retour du réalisateur géorgien George Ovashvili en Israël en tant qu'invité du festival, avec un nouveau film centré sur la famille et le foyer. Nino, un garçon de 12 ans bouillonnant de colère et de violence, se bat avec tout le monde à l'école. Il vit avec sa grand-mère, excédée par son comportement, qui accueille plutôt favorablement la sortie de prison du père de Nino, venu récupérer le fils qu'il n'avait pas vu depuis dix ans. Dans un village reculé et une maison isolée, le père et le fils partent chasser le cerf ensemble pour apprendre à se connaître. Le film exige une certaine patience, mais Ovashvili confirme son talent pour tisser de superbes liens entre la cellule familiale et la nature. Le compositeur israélien Yossi Brantwein signe la bande originale.
« Le Mariage » arrive à Haïfa tout droit de sa première mondiale au Festival de Toronto. On y retrouve également un folklore ethnographique marqué et un regard attentif porté sur la famille et la nature, à travers l'histoire d'une tribu qui emménage dans une maison ayant appartenu à une autre famille, s'assurant ainsi une vie de malheur. Le film suit les enfants durant leur jeunesse avant de les retrouver des années plus tard lors du mariage de leur sœur. Le décor, au pied des montagnes d'Antalya, s'avère saisissant.
« Tout le monde aime Bill Evans » est le premier long-métrage de fiction du documentariste Grant Gee (réalisateur d'un film sur Radiohead). Magnifiquement filmé en noir et blanc, il retrace la vie du légendaire pianiste de jazz Bill Evans, qui joua aux côtés de Miles Davis. Gee s'intéresse à la période où Evans sombre dans la spirale infernale de la drogue et de l'alcool, donnant naissance à un film de jazz... comportant très peu de jazz.
« L'Étranger » est une autre œuvre d'époque en noir et blanc. François Ozon rappelle une fois de plus quel réalisateur stylisé et raffiné il est dans cette adaptation du roman d'Albert Camus. Ozon conclut son film avec la chanson « Killing an Arab » de The Cure, révélant ainsi qu'à l'instar de la plupart des gens de sa génération, il a découvert l'histoire de Camus par le biais du morceau. En d'autres termes, Ozon adapte une chanson qui elle-même adapte un livre. Le protagoniste est un homme indifférent, presque dépourvu d'émotions, vivant à Alger pendant l'occupation coloniale française. Apprenant la mort de sa mère, il se rend à l'enterrement, va se baigner, fait l'amour et va au cinéma. Chacun de ses actes de ces jours-là se transformera en charge accablante lorsqu'il comparaîtra devant le tribunal. Ozon affadit légèrement le roman de Camus pour en faire une présentation visuelle élégante.
« Lâche » est le troisième long-métrage du réalisateur belge Lukas Dhont (« Girl », « Close »), représentant de la Belgique aux Oscars. Le film m'a agréablement surpris. Il commence de manière un brin prévisible et maniérée, suivant un jeune soldat délicat enrôlé dans l'armée belge pendant la Première Guerre mondiale. Lorsqu'il croise un groupe de soldats blessés réformés du front et chargés de monter un spectacle de divertissement pour les troupes et les officiers, il se blesse volontairement pour les rejoindre, principalement afin de se rapprocher du responsable de la mise en scène et de la chorégraphie. Les deux hommes réalisent alors, avec une ironie tragique, que cette terrible guerre constitue le seul endroit où ils pourront vivre leur amour. « Lâche » surprend en s'affirmant comme le film le plus romantique de Dhont, gagnant en beauté et en intensité au fil des minutes.





